Indiana Jones et le Cadran de la destinée : l’analyse du film

Indiana Jones (Harrison Ford) ©2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.

Par Claude Monnier : (Attention : Spoilers) – Voilà donc le retour tant attendu (ou tant redouté, selon les points de vue) d’Indiana Jones. Et, dans l’ensemble, les avis sont plutôt mitigés. Pour notre part, nous aimerions faire entendre un son de cloche un peu différent. Certes, James Mangold n’a pas le génie de la caméra de Spielberg mais, outre son efficacité habituelle, il déploie tout au long de cet épisode 5 une belle sincérité. Or, la sincérité, c’est précisément ce qui manquait le plus à l’épisode 4 : Spielberg ne croyait pas à ce crâne surnaturel, à ses simili Mayas et, surtout (c’est un paradoxe !), il ne croyait pas à ses extraterrestres. Ici, Mangold a tenu à choisir personnellement le MacGuffin parce que précisément, pour lui, ce n’est pas un MacGuffin : le Cadran d’Archimède, qui permet selon lui de localiser mathématiquement les failles temporelles, est avant tout un symbole de seconde chance. Et la seconde chance, c’est le thème central de la filmographie de Mangold, avec ces personnages le plus souvent au fond du trou, qui trouvent une nouvelle raison de vivre, de recommencer.

Doctor Jürgen Voller (Mads Mikkelsen) ©2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.

Recommencer : c’est le rêve d’un vieil homme ou le rêve de quelqu’un qui a échoué ; c’est le rêve de Voller (Mads Mikkelsen), le méchant du film, savant nazi récupéré par la NASA, qui désire remonter le temps grâce au Cadran d’Archimède afin de refaire la Seconde Guerre mondiale, cette fois à l’avantage du IIIe Reich ; et c’est le rêve d’Indy, qui depuis toujours remonte le temps virtuellement et fait revivre le passé de par sa fonction d’archéologue. Plus secrètement, Indy, désormais âgé de 70 ans (nous sommes en 1969), dépressif depuis la mort de son fils au Vietnam, en instance de divorce avec Marion et ayant échoué qui plus est dans un appartement minable de Brooklyn, rêve de remonter le temps de quelques années pour refaire sa propre histoire. On le voit, malgré leurs hautes compétences scientifiques, Indy et Voller ont un sentiment palpable d’échec et de nostalgie. Voller est bien le double obscur d’Indy. Mais au fond, tout au long du film, Indy ne fait que rencontrer des doubles de lui-même : c’est sa filleule, Helena (Phoebe Waller-Bridge), et son petit comparse, Teddy (Ethann Isidore), qui lui rappellent la rouerie et le dynamisme de ses jeunes années ; et c’est même Archimède (Nasser Memarzia), qui représente la science et l’exploration de l’inconnu dans le but de faire progresser l’humanité.

Thématiquement et formellement, Mangold a donc fondé son film sur le crépuscule, l’assombrissement, en opposition avec l’éclat de la jeunesse. Il retrouve les teintes ocres des Aventuriers de l’Arche perdue et de La Dernière croisade (ce qui fait un bien fou après la photo artificielle de Kaminski sur le 4) mais ces teintes sombres et terreuses ont cette fois un sens profond, surtout en regard des éclats lumineux : c’est l’opposition entre le passé qui s’enfonce lentement dans le noir, l’oubli, et le présent qui tend vers la lumière, l’action et la vie.

James Mangold et Harrison Ford

Le voyage dans le crépuscule et l’assombrissement commence lors de l’ouverture entièrement nocturne, se situant dans l’Europe apocalyptique de 1944 ; il se poursuit lors de l’exploration des vestiges enfouis, notamment les vestiges sous-marins (dans l’épisode grec) ; il s’achève enfin sur la teinte photographique de l’épisode sicilien, dominée par un sentiment de vrai recueillement à l’approche de la tombe d’Archimède.

Helena (Phoebe Waller-Bridge) ©2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.

En contrepoint de ce voyage sombre, l’éclat lumineux apparaît dans la glorieuse parade newyorkaise pour les astronautes d’Apollo (mais notons qu’Indy, encore revêche, les ignore et préfère s’enfoncer à cheval dans le sombre métro), il apparaît dans le regard vif et provocateur d’Helena, qui a su transformer l’obsession morbide de son père pour le Cadran en pulsion vitale, quitte à côtoyer la malhonnêteté ; il se voit évidemment dans les yeux du petit voleur Teddy, dont la roublardise est compensée par l’enthousiasme et la naïveté ; et, de façon plus générale, cet éclat domine photographiquement tout l’épisode de Tanger, accentuant la vitalité de ce passage, bain de jouvence (provisoire) pour Indy qui retrouve alors pleinement son entrain et sa gestuelle virtuose.

James Mangold et Harrison Ford ©2023 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.

Comme les héros de Copland ou de Logan, Indy est au départ ratatiné, presque enkysté dans son milieu étriqué et déprimant. En lui donnant une « mission », Helena le réanime, au sens étymologique. Au fond, et c’est cela qui est malicieux avec cet épisode 5, c’est le même enjeu pour Archimède : le savant est figé à l’état de squelette au fond de sa tombe et tout l’objet des personnages (et du film) est de le ramener à la vie. Ce qui finit par arriver dans un finale culotté : en Sicile, après avoir reconstitué le fameux cadran, les protagonistes localisent une faille temporelle et la traversent en avion pour se retrouver, non pas en 1939 comme le désire Voller, mais en 214 avant J.C, en pleine bataille de Syracuse. Les premières images de la traversée temporelle sont assez fascinantes : l’arrivée dans le passé se fait en plan subjectif aérien, d’abord à travers l’obscurité et les nuages, puis dans l’éclat glorieux du soleil et de la Méditerranée (toujours le contraste ombre/lumière, mais cette fois inversé : le passé retrouve sa jeunesse) ; ce qui fait que, un peu aveuglé, on distingue mal la côte de Syracuse ; Voller croit avoir réussi, il croit être en 1939, jusqu’à ce que le plan subjectif aérien découvre peu à peu, en contrebas… des Romains en pleine bataille navale ! Par ce procédé du plan lointain, on a vraiment l’impression de voir le « vrai » passé à travers une longue vue. Mais Mangold fait le choix de s’approcher pour montrer les Romains et Archimède en gros plan, ceux-ci s’exprimant dans leur langue et entrant même brièvement en contact avec Indy et Helena. C’est évidemment sympathique et amusant (sans tomber dans le ridicule, heureusement), mais cela casse l’effet « réaliste » des premières images. Cela permet toutefois de mettre en parallèle un Archimède en pleine forme et un Indy affaibli, ce qui inverse malicieusement les scènes précédentes où Indy se penchait sur le squelette d’Archimède. Et cette rencontre permet in fine de régénérer spirituellement Indy.

Dans l’épilogue, ce n’est pas un hasard si son petit appartement est envahi, non seulement par l’amour (retour de Marion/Karen Allen), mais aussi et surtout par la jeunesse : Helena, Teddy et les petits enfants de Sallah (John Rhys-Davies). Le crépuscule se teinte d’un dernier éclat de lumière. 

Claude Monnier

Vous pouvez également lire la critique d’Indiana Jones 5 par FAL ici

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