Indy-gent?

Indiana Jones (Harrison Ford) ©2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.

Par FAL : « Too many nazis », déclare à un moment donné l’un des personnages. On ne va pas le contredire : les nazis sont toujours trop nombreux. Mais l’ennui avec Indiana Jones et le Cadran de la destinée, c’est que tout, sans exception, y est too much. Trop long, le film dans son entier, qui se croit obligé de sacrifier à la mode stupide des deux heures trente minimum – probablement pour convaincre le spectateur que « ça vaut le coup (le coût ?) » de se déplacer jusqu’à une salle de cinéma ? Trop longues, les séquences dites d’action, que ce soit le prégénérique, aussi interminable et aussi languissant que celui de Mourir peut attendre, ou la séquence de la poursuite en tuk-tuk, qui a servi plus ou moins de bande annonce sur Internet. Pour être précis, ces longues séquences auraient leur raison d’être – et leur charme – si elles étaient originales, mais, et nous touchons là au comble de l’absurde, elles ne sont aussi longues que parce que c’est la seule solution que scénaristes et réalisateur ont cru trouver pour les rendre originales. Car, franchement, on a déjà vu tout cela ailleurs. La poursuite en tuk-tuk ne fait que reprendre celle d’Octopussy (qui d’ailleurs avait déjà été reprise dans un spot publicitaire aimablement parodique avec Pierce Brosnan) et se conclut par un gag déjà exploité dans Agents très spéciaux : Code UNCLE et dans Mission impossible : Fallout. Quant au prégénérique, même si, reconnaissons-le, Harrison Ford est infographiquement rajeuni de façon très convaincante (puisqu’il s’agit d’un flashback), combien de fois, ô mes aïeux, avons-nous vu le Bon et le Méchant se poursuivre sur les toits des wagons d’un train en marche – répétez après moi Skyfall, Skyfall – et se coucher illico presto pour éviter de se faire faucher par un tunnel ?

(Teddy (Ethann Isidore), Indiana Jones (Harrison Ford) et Helena (Phoebe Waller-Bridge) ©2023 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.

On nous répondra que ce Cadran de la destinée s’inscrit dans un genre qui, par définition, doit inclure des figures imposées et que le plaisir du spectateur vient, dans une large mesure, précisément de la reprise de ces figures. Certes. Mais encore faut-il que soient introduites quelques variations sur les thèmes, comme l’ont fait les premiers Indiana Jones avec en particulier la séquence « pistolet contre sabre ». On a beaucoup de mal à distinguer de telles variations dans ce Cadran de la destinée.

Le réalisateur James Mangold sur le tournage.

Mais la faute de ce film est plus vaste ou, comme on dit, structurelle. Après tout, on ne va pas demander à un Indiana Jones d’être vraisemblable, puisque la fonction – on n’ose dire la mission – d’un tel film est de faire rêver le spectateur, mais on est en droit d’attendre un minimum de cohérence, et cette cohérence ne saurait être entretenue qu’à travers les personnages. Le réalisateur S.S. Rajamouli explique cela très bien dans l’interview publiée dans Starfix 2023 : il n’est pas interdit de ressusciter dans un film un personnage bel et bien mort. Mais une seule chose pourra justifier sa résurrection : non pas un quelconque abracadabra ; non pas l’utilisation d’on ne sait trop quelle poudre de perlimpinpin ; non pas l’intervention d’un éclair venu du ciel. Non, la seule chose qui peut vraiment ramener à la vie un héros défunt, c’est le désir du public de le voir revenir à la vie.

Colonel Weber (Thomas Kretschmann) et le Professeur Jürgen Voller (Mads Mikkelsen) ©2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.

Or, pour cela, il faut que les personnages – le Bon, bien sûr, mais aussi le Méchant – soient des personnages qui existent vraiment. Autrement dit aux motivations desquelles on puisse croire. On ne peut pas dire que ce soit exactement le cas ici. James Mangold avait annoncé qu’il avait copieusement récrit le scénario qu’on lui avait proposé en faisant de l’âge d’Indiana Jones la colonne vertébrale de toute l’intrigue. L’idée était plus que séduisante – elle était courageuse (c’était un peu ce dont les amateurs de Bond avaient rêvé quand Sean Connery avait tourné Jamais plus jamais, mais il y était paradoxalement beaucoup plus fringant que douze ans plus tôt, dans Les diamants sont éternels). Mais l’âge d’Indiana Jones est dit – il n’est jamais montré. Plus précisément, la première apparition d’Indy à la fin des années soixante (époque où se situe l’histoire) nous fait découvrir un vieillard décati (dans un appartement tout aussi décati que lui), d’autant plus vieux que le prégénérique nous avait montré – comme on l’a dit – un Indiana Jones ayant bénéficié d’un cure de jouvence infographique très efficace, mais, s’il ne cesse de se plaindre de son arthrose et de ses maux de dos au fil des aventures où l’entraîne sa filleule, il n’en accomplit pas moins des prouesses physiques qui n’ont rien à envier à celles qu’il accomplissait dans les premiers épisodes. Nous n’avons donc pas devant nous un vieil Indiana Jones, mais un Indiana Jones déguisé en vieillard.

Indiana Jones (Harrison Ford) ©2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.

Incohérence analogue, quoique dans un registre différent, pour le personnage du Méchant. Il s’agit donc d’un ancien savant nazi – inspiré du célèbre von Braun, sans qui les Américains n’auraient jamais pu se lancer dans la conquête de l’espace – qui rêve de s’emparer de toutes les pièces d’une espèce de machine à voyager dans le temps mise au point par Archimède afin de retourner en 1939 et d’achever la construction des V9 qui permettraient à Hitler de gagner la guerre et d’établir définitivement son IIIe Reich. Quelle billevesée ! Il est évident qu’un savant comme von Braun était devenu an all-American scientist à partir du moment où l’Amérique lui offrait les moyens de poursuivre ses recherches scientifiques. (Relisez donc, dans cet ordre d’idée, Le Pont de la rivière Kwaï de Pierre Boulle : l’officier britannique qui dirige la construction du pont n’a aucune envie de le faire exploser, même si un tel sabotage constituerait un coup dur porté à l’ennemi japonais ; ce qui l’obsède, c’est tout simplement… son pont, et le film sur ce point est très infidèle au roman original.) Ajoutons que, dans le cas précis qui nous occupe, notre méchant savant nazi devrait savoir que science et guerre ne font pas toujours bon ménage, puisque Archimède, the « eureka » man, est mort exécuté par une sinistre brute de soldat romain qu’il n’avait pas vu venir, trop occupé qu’il était à tracer des figures géométriques dans le sable.

Klaber (Boyd Holbrook) ©2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved.

Il y avait une idée intéressante dans la construction du scénario : au flashback du prégénérique répond, dans le finale, un flashback encore plus back (nous n’en dirons pas plus, de peur de nous faire écharper par les spoilerophobes), et qui représente probablement la concrétisation du rêve de tout historien ou de tout archéologue, mais l’affaire est expédiée en deux temps trois mouvements, alors que c’est là qu’on aurait pu élaborer et développer un vrai troisième acte et faire naître une réelle émotion.

Il paraît, aux dernières nouvelles, que le film ne marche pas aux États-Unis et qu’il aura bien du mal à rentrer dans ses fonds – on parle d’un budget de plus de 300 millions de dollars (hors budget marketing et promotion) –, et on ne peut que le regretter, dans la mesure où, d’un point de vue technique, il a été réalisé, fabriqué avec un soin immense. Cet échec, s’il se confirme, est d’autant plus triste que Mangold avait maintes fois prouvé sa capacité de livrer des films populaires qui soient aussi des films d’auteur. Mais, si Indiana Jones a su retrouver en chemin son chapeau et son fouet, il a perdu ici une grande partie de son âme.

Frédéric Albert Lévy

Vous pouvez également lire la critique d’Indiana Jones 5 par Claude Monnier ici

Le mook Starfix 2023 est maintenant disponible dans les librairies et FNAC. N’hésitez pas à le demander à votre libraire si ce n’est pas le cas (attention il n’est pas dispo en kiosque et réseaux magazines). Sinon vous pouvez le commander sur le Pulse Store

Suivez toute l’actualité de STARFIX

—– 1983-2023 : 40 ans de Starforce —–

STARFIX est une marque déposée par STARFIX PRODUCTIONS

Laisser un commentaire