Mission Impossible Dead Reckoning, partie 1 : succès damné

Tom Cruise in Mission: Impossible Dead Reckoning Part One de Paramount Pictures et Skydance.

Par Claude Monnier : Tom Cruise est à la fois le principal bénéficiaire et la principale victime du succès des Mission : Impossible. La série lui permet bien sûr de rester une star du box-office, mais elle le fige dans un personnage monolithique qui l’empêche de montrer ses capacités réelles de comédien. Pire : comme Belmondo chez nous, Cruise devient pour le grand public le casse-cou, le cascadeur ; voir l’affiche publicitaire involontairement parodique de ce Mission : Impossible Dead Reckoning, partie 1 : « Cruise au sommet de son art » argue-t-elle fièrement, au-dessus de l’acteur piteusement suspendu dans le vide… Il est certain que Cruise ne vise plus l’Oscar. Du reste, le grand public ne veut plus voir l’acteur dans des rôles simplement humains. Sans remonter jusqu’aux temps audacieux de Né un quatre juillet et Eyes Wide Shut, pensons simplement à l’accueil mitigé fait aux excellents Edge of Tomorrow et Walkyrie.

Un autre problème vient de l’aspect interchangeable des Mission : Impossible : passé les deux premiers épisodes, qui portaient la forte marque de leur auteur (De Palma, Woo), les épisodes suivants, avouons-le, se confondent un peu dans notre esprit et nous serions bien en peine de dire de quoi parlaient le 3 (J.J. Abrams), le 4 (Brad Bird), le 5 et le 6 (Christopher McQuarrie). Se dégage alors parfois une sensation de films uniquement conçus pour « faire des cascades ». Vous nous direz : n’est-ce pas le cas des James Bond ? Certes, mais il nous semble que les Bond ont toujours dépassé le stade du film de cascades grâce à des méchants charismatiques, des héroïnes inoubliables et des paysages très différenciés. A interprète identique, est-ce que quelqu’un confond Opération tonnerre et On ne vit que deux fois ? Moonraker et Octopussy ? Casino Royale et Skyfall ? Nous ne le pensons pas.

La sensation de « déjà vu » dans Dead Reckoning est renforcée par un hommage appuyé au premier épisode (le retour de Kittridge/Henri Czerny, l’acte final dans et sur le train, les allusions à Max/Vanessa Redgrave) et une imitation assez éhontée de films célèbres. Attention, comme une cascade de Tom Cruise, c’est assez vertigineux :

A la poursuite d’Octobre Rouge (tension dans un sous-marin russe dernier cri).

I, Robot (Une I.A névrotique échappant à ses créateurs et cherchant à dominer la planète).

Outland (les danseurs nus, sinistres, déshumanisés, noyés de ténèbres et de musique techno).

Rien que pour vos yeux (le super agent secret contraint de prendre une petite voiture… de couleur jaune canari).

GoldenEye (le saut à moto depuis le sommet d’une montagne ; notons que Bond, plus courageux — ou plus fou — se lance sans parachute).

Skyfall (le corps à corps brutal sur le toit du train).

Le Monde perdu : Jurassic Park (les héros suspendus à l’intérieur d’un compartiment tombant vers l’abîme).

Nous en oublions sûrement…

Évidemment, en tirant l’analyse par les cheveux, on pourrait dire que ce jeu d’imitation correspond pleinement au principe d’imitation qui est au cœur de la méthode d’Ethan Hunt, mais il se trouve que les passages susmentionnés sont souvent inférieurs à leur modèle. En réalité, les films Mission : Impossible se veulent à la fois des concurrents et des succédanés de James Bond mais c’est James Bond sans humour ni sensualité. Et si humour il y a, il tombe souvent à plat. Dans le monde sinistre de Mission : Impossible, l’humour peut attendre. Certes, la période Daniel Craig ne donne pas non plus dans la gaudriole et l’érotisme mais c’est à la saga James Bond dans son entier que nous faisons référence.


Cependant, et heureusement, Mission : Impossible Dead Reckoning, partie 1 reste le top absolu du film d’action américain, sans le côté bourrin de Fast and Furious. Le film présente de plus quelques motifs intéressants et ironiques qui prouvent que McQuarrie n’est pas du tout un yes-man : le motif de la danse, qui souligne la vaine agitation des espions (les volte-face du couple poursuivi à l’aéroport, le combat gracieux d’Ilsa Faust contre le méchant, sur un petit pont de Venise) ; le motif de l’hallucination ou du rêve éveillé, qui accuse les manipulations indétectables de la réalité à l’ère du numérique (les changements de visage, toujours efficaces ; le principe de l’I.A qui crée en temps réel sur les écrans de surveillance des images trompeuses) ; voire le motif du burlesque keatonnien (le train qui n’en finit pas de tomber dans le vide, lentement mais sûrement, wagon par wagon, avec les héros qui passent à travers), un burlesque à la fois drôle et effrayant — comme tout bon burlesque — qui renforce la folie vertigineuse du récit.

Des motifs intelligents qui présagent peut-être, souhaitons-le, un deuxième volet plus original (sortie prévue en 2024). 

Claude Monnier

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