William Friedkin, cinéaste en ébullition

William Friedkin, Image de Capital Pictures

Par Claude Monnier : Lorsqu’il apprit la mort soudaine de Stanley Kubrick, le 7 mars 1999, en pleine post-production d’Eyes Wide Shut, Tom Cruise refusa tout d’abord d’y croire. Stanley ? Mort ? Impossible, voyons ! Il est en train de monter son film… Au bout de quelques minutes, forcé de se rendre à l’évidence, Cruise s’insurgea, trouvant cette mort totalement « injuste ». Bizarrement, malgré un âge beaucoup plus avancé que Kubrick, on peut dire la même chose de la disparition de Friedkin. A-t-on idée de mourir alors qu’on doit présenter son nouveau film, The Caine Mutiny Court-Martial, au Festival de Venise ? Madame Faucheuse, décidément, n’est guère cinéphile et se moque bien de nous…

Il est possible également que cette anomalie (Friedkin mort, deux termes décidément antinomiques) vienne du fait que les films de ce cinéaste n’ont jamais fait « vieillots » ou « dépassés » et qu’ils accompagnent notre cinéphilie, au gré de multiples visions, depuis plus de cinquante ans. Gageons que nous aurons le même sentiment d’incompréhension quand Coppola, Scorsese, De Palma, Lucas ou (nous osons à peine écrire son nom) Spielberg mourront.

Parmi cette bande de génies des seventies, Friedkin est un peu à part. Il n’est pas un « mioche du cinéma », ni un nostalgique de l’âge d’or hollywoodien. Quelque chose de plus dangereux couve en lui. Son cinéma, c’est la folie, l’enfer sur terre, l’humanité sous pression, sans le formalisme d’un De Palma ou d’un Scorsese. Un cinéma de réalisme cru et de montage abrupt, héritage de ses débuts dans le documentaire. Un cinéma au présent. Surtout pas de films d’époque chez Friedkin ! Cette huile bouillante, nous l’avons reçue en pleine face pendant deux décennies, de 1971 à 1987. De French Connection au Sang du châtiment. Malheureusement, passé les triomphes commerciaux et les récompenses de French Connection (1971) et de L’Exorciste (1973), la critique se désintéresse quelque peu de Friedkin, le considérant plus ou moins comme has been à partir du bide de Sorcerer (1977). Seuls quelques cinéphiles acharnés continuent de défendre Sorcerer et Cruising (1980). Après cela, durant toutes les eighties, Friedkin travaille encore plus dans l’indifférence. En France, à cette époque, une seule revue consacre un dossier au Coup du siècle (1983), à Police Fédérale Los Angeles (1985) et au Sang du châtiment (1987), une seule s’entretient longuement avec le maître, analyse son découpage filmique ou décrit son épisode démentiel pour La Cinquième Dimension, Nightcrawlers (1985). Cette revue, c’est Starfix. Nul étonnement à ce que Friedkin accepte de faire la préface du livre Le cinéma de Starfix en 2016.

Reconnaissons toutefois qu’après ces sommets des années 1970-80, les années 1990 sont plus conventionnelles et donc décevantes. Durant cette décennie, Friedkin perd un peu de sa « folie ». Mais de belles fulgurances sauvent tout de même quelques séquences de La Nurse (1990), Blue Chips (1994), Jade (1995) et L’Enfer du devoir (2000). Conscient de cet affaiblissement, Friedkin retrouve du poil de la bête (de la Bête ?) avec le film d’action féroce Traqué (2003), mais surtout s’encanaille à nouveau grâce au cinéma indépendant, avec Bug (2006) et Killer Joe (2011), petits par le budget mais grands par l’audace. On peut même voir Killer Joe comme son meilleur film depuis Police Fédérale Los Angeles : malgré une théâtralité inhérente à sa source (et pleinement assumée), Killer Joe est vraiment un choc « full frontal » d’acteurs passionnés par leur rôle, une miniature forte qui ne souffre aucun défaut.

Après ce coup d’éclat, Friedkin semble malheureusement se retirer du cinéma. Sa santé physique s’amoindrit un peu malgré un esprit toujours mordant (voir ses multiples conférences et son excellente autobiographie). Mais l’an dernier le « retraité » retrouve la force et la foi et se lance dans une nouvelle adaptation d’Ouragan sur le Caine, tenant à placer ce procès pour mutinerie dans un contexte contemporain, l’incident militaire se déroulant dans un Golfe persique sous tension…

Rendez-vous, donc, à la rentrée de septembre, pour la sortie du film. Pas d’inquiétude : à travers son œuvre, Friedkin sera bien présent.

Claude Monnier

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