
Par Claude Monnier : 1- Un tueur à gages (Michael Fassbender) rate sa mission à Paris.
2- Lorsqu’il rentre dans sa planque, il découvre que ses employeurs ont voulu l’atteindre en torturant sa compagne.
3- Le tueur décide de se venger en remontant méthodiquement la piste de tous ses commanditaires.
On le voit, le nouveau Fincher repose sur un récit simple, minimaliste. Simple mais pas rectiligne. En effet, malgré l’avancée inexorable du tueur en quête de vengeance, le motif principal est celui de la boucle, de la répétition :
– A l’échelle du film entier d’abord : en supprimant ses employeurs ou collègues, le tueur à gages, plein de mauvaise conscience, semble vouloir annuler à la fois son premier échec et l’outrage fait à sa compagne. Comme si rien ne s’était passé.
– A l’intérieur de chaque séquence ensuite : le tueur à gages, visiblement obsessionnel, va et vient, entre et sort, répète sans arrêt les mêmes gestes et revient toujours à son point de départ anonyme (la plupart du temps un aéroport).

Ainsi, loin d’être un récit « déjà vu », The Killer est avant tout un grand film sur le monde contemporain, sur le sentiment de stagnation, de stérilité de notre existence, sentiment aliénant provoqué notamment par la mainmise sur notre vie de l’informatique. Un outil efficace, trop efficace, qui exécute froidement tout ce qu’on lui demande. Et qui nous dépasse par sa rapidité inhumaine. Homme et programme tendent à se confondre, mais l’homme peut-il suivre ?
On le sait, Fincher est un cinéaste maniaque, voire pervers. Mais c’est un pervers humaniste. Mélange inédit, étonnant. Il est évident qu’il prend ici un malin plaisir à s’insérer dans un programme algorithmique (Netflix) pour en dénoncer les mécanismes, pour en faire le commentaire philosophique.

L’humain, devenu le rat de son propre laboratoire, se débat. Le travail extraordinaire sur la bande-son (on est comme lové dans l’oreille de Michael Fassbender, avec force acouphènes ou frottements) est la dernière trace de gêne corporelle, de faille, dans la grande mécanique. De même que la voix-off du tueur, où celui-ci ne cesse de répéter les « règles de son métier », n’est pas tant un programme qu’un TOC dévoilant son malaise existentiel, une « superstition » finalement assez drôle et touchante, qui ne l’empêche pas de rater certains gestes, certaines exécutions, comme autant d’actes manqués.
Le fantôme dans la machine… Rarement film aura mieux fait ressentir cette expression.
Claude Monnier
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