Hommage à Michel Ciment (1938-2023)

Par Claude Monnier : Michel Ciment, qui vient de s’éteindre à l’âge de 85 ans, était un gentleman. Par son flegme imperturbable et son regard légèrement ironique, il aurait pu être Anglais. Connu pour sa participation régulière au Masque et la Plume, Ciment était avant tout le pilier du magazine Positif depuis plus de cinquante ans. A la limite, on peut voir Positif comme son œuvre : grâce à cette revue, il a érigé un véritable monument « marmoréen » à ce que le cinéma a offert de mieux durant ces dernières décennies : alors que, au tournant des seventies, Les Cahiers du cinéma, magazine concurrent, sombraient dans un maoïsme insupportable et illisible, Positif, sous la houlette de Ciment, restait imperturbable et consacrait des dossiers impeccables (analyses + interviews) à ce qu’on allait appeler plus tard le Nouvel Hollywood, tout en louant régulièrement les grands cinéastes italiens, polonais ou japonais. Positif, c’est la cinéphilie parfaite, respectant aussi bien George Lucas que Comencini. Positif, c’est le rangement classique, sans débordement certes, mais dans « classique », il y a « classe ». Le magazine était donc à l’image de son directeur.

Le seul défaut cinéphile du classieux Michel Ciment… c’est d’avoir ignoré Spielberg. C’est sans doute à cause de Ciment, et de sa méfiance envers le papa d’E.T, qu’il n’y a pas eu une seule couverture de Positif consacrée à Spielberg en cinquante ans… jusqu’à celle de The Fabelmans en février 2023 ! Monumentale erreur, comme dirait Jack Slater… Par ailleurs, dans son ouvrage sur la critique de cinéma en France, paru en 1997, Ciment ignorait également Starfix. Mais personne n’est parfait, n’est-ce pas ?

Malcom McDowell et Michel Ciment

Trêve de chicanerie. Plus que tout, à nos yeux, Michel Ciment était l’auteur des deux plus beaux livres de cinéma jamais publiés, si l’on excepte le Hitchcock/Truffaut : le Kubrick de 1980 et le Boorman de 1985. Edition luxueuse grand format sur papier glacé (merci Calmann-Lévy), reproduction couleur de photogrammes en pleine page, contenu d’une richesse ébouriffante : interviews multiples des deux maîtres, analyses profondes de leurs films, et divers témoignages marquants… Etant donné le prix actuel du papier et la marginalisation de la littérature cinéma, ce genre d’ouvrage luxueux est désormais quasiment impossible. C’est pourquoi il faut chérir ces deux éditions (de préférence les originales).

Michel Ciment et Marisa Berenson

Finissons, si vous le permettez, par une anecdote personnelle. Je n’ai rencontré qu’une seule fois Michel Ciment, à l’occasion de son émission Projection privée : la première chose qui m’a frappé, c’est son exquise amabilité (vu son parcours, il aurait pu être hautain) et son regard bleu acier. Ce n’était pas un regard sévère. C’était le regard perçant d’un humaniste qui cherchait à comprendre les autres, et toujours avec humour.

Michel Ciment et John Boorman

La deuxième chose est plus futile, quoique… En effet, j’ai eu l’étrange l’impression, en serrant la main de Michel Ciment… de n’être plus qu’à une poignée de main de Stanley Kubrick (ou de son fantôme), Ciment ayant eu en effet un contact privilégié et rare avec ce géant du cinéma. Être à une poignée de main de Stanley Kubrick, quel vertige pour un humble cinéphile !…

Merci monsieur Ciment. 

Claude Monnier

Le mook Starfix 2023 est maintenant disponible dans les librairies et FNAC. N’hésitez pas à le demander à votre libraire si ce n’est pas le cas (attention il n’est pas dispo en kiosque et dans les réseaux magazines). Sinon vous pouvez le commander sur le Pulse Store

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