
Par FAL : Sur le boîtier, un sticker nous promet « toute la folie de années soixante ». Dans la très complète analyse qui nous est proposée comme bonus, le journaliste Philippe Guedj précise toutefois qu’il y a « à boire et à manger » dans cette folie. C’est que, comme le disait moins diplomatiquement un critique américain il y a maintenant un peu plus d’un demi-siècle, Quoi de neuf, Pussycat ? (qui vient d’être réédité chez Rimini) fait partie de ces films dont on sent qu’ils ont fait beaucoup rire ceux qui les ont faits, mais qui font un peu moins rire le public. Embarras plus grand encore quand on les revoit quelques décennies après leur sortie, l’audace d’hier n’étant plus aujourd’hui que lourdeur.

Sans doute convient-il d’abord de préciser que cette folie des années soixante n’a pas été celle de tout le monde et que, si ces années ont pu être celles d’une certaine « libération », ceux qui y étaient savent bien que la planète Terre ne se résumait pas à Carnaby Street et aux mini-jupes de Mary Quant. Sachez, jeunes gens, que tout le côté « Hellzapoppin » de Quoi de neuf, Pussycat ? tient autant du fantasme que de la réalité historique.
De quoi est-il question ? D’un beau garçon (Peter O’Toole) sincèrement amoureux d’une jeune fille (Romy Schneider), mais qui hésite à l’épouser dans la mesure où il ne cesse d’attirer – malgré lui – d’irrésistibles séductrices telles que Capucine ou Ursula Andress. Le psychanalyste qu’il consulte pour essayer d’avoir les idées un peu plus claires (Peter Sellers) aurait plutôt tendance à aggraver son mal : affublé d’une femme qui ressemble en permanence à une Walkyrie en furie, le psy rêverait de vivre les aventures de son patient.

Tout se termine par un troisième acte directement inspiré des pièces de Feydeau – l’essentiel de l’action se passe à Paris –, dans un hôtel « de charme » où tout le monde se retrouve et où tout le monde essaie de tromper tout le monde. Les portes claquent, on court dans les couloirs, on se cache au fond des placards, et finalement, rien ne se passe. Autant d’attentes qui, comme dirait Kant quand il définit le comique, se résolvent subitement en rien.

Seulement, la mécanique de ce troisième acte est ici loin d’être aussi parfaite qu’elle peut l’être chez Feydeau. Celui-ci – et c’est d’ailleurs ce qui peut contribuer à rendre son théâtre un tantinet déplaisant – enfermait ses personnages dans une suite d’événements qui les dépassaient totalement et qui faisaient d’eux de simples pantins. Il y avait donc quelque chose de profondément subversif dans cet implacable tourbillon qui transformait en non-êtres des gens qui se croyaient quelque chose.
Le scénariste de Quoi de neuf, Pussycat ?, un certain Woody Allen (qui joue aussi dans le film un amoureux transi), ne parvient pas à introduire cette rigueur et ne nous propose que des personnages mous, dont on ne sait s’il faut les plaindre ou les mépriser. Libération, vraiment ? Le seul fait que ces Anglo-Saxons soient contraints de venir en France pour rechercher – sinon trouver – leur bonheur montre qu’il y avait encore du chemin à faire. Il y a là un parfum de Mai 68 avant la lettre, mais cela sent un peu le pétard mouillé.

Il faut cependant voir ou revoir Quoi de neuf, Pussycat ? Parce que ce brouillon a les défauts d’un brouillon, mais il en a aussi les qualités. Il porte en germe Casino Royale 1967, tourné un an plus tard avec en très grande partie la même équipe. Ce « Bond » à moitié raté reste intéressant à maints égards, dans la mesure où, déjà, il s’efforçait de déboulonner le mythe 007. Il porte aussi en germe nombre de films réalisés plus tard par Woody Allen (celui-ci a d’ailleurs expliqué que c’est en grande partie parce qu’il avait été très déçu de la manière dont son scénario avait été traité – le film est réalisé par Clive Donner – qu’il avait décidé de passer lui-même à la mise en scène). Il y a la chanson de Tom Jones What’s new, Pussycat ? qui est encore dans beaucoup de mémoires ; il y a la musique de Burt Bacharach ; il y a cette apparition surprise d’une Françoise Hardy incroyablement jeune et belle dans la dernière séquence. Et, dans les rôles secondaires, toute une série de comédiens français aujourd’hui un peu oubliés, mais dont les apparitions ne manqueront pas d’amener un sourire un peu mélancolique chez les spectateurs qui ont connu « cette époque ». Jacques Balutin, Jean Parédès, ou encore Robert Aristide Vasseux dit Robert Rollis, ici loueur de voitures, mais plus connu comme compagnon de Thierry la Fronde. Oui, du temps où l’on regardait encore des feuilletons à la télévision, et non pas des séries sur Internet.
Frédéric Albert Lévy
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