
Par FAL : L’ouvrage de Philippe Lombard intitulé Ça retourne ! passe en revue les suites et les remakes, avoués ou non, officiels ou pirates, dont l’histoire du cinéma est remplie. Ce peut être évidemment purement anecdotique et l’on a parfois affaire à de simples escroqueries. Les distributeurs italiens, par exemple, essayèrent de faire passer le film de Douglas Trumbull Silent Running pour une suite de 2001 en le rebaptisant 2002 : la seconda odissea. En Italie encore, on n’hésita pas à tourner de faux Trinità avec des sosies de Terence Hill et Bud Spencer. No comment.
Mais il est des cas plus dignes d’intérêt, dans lesquels se dessinent, à travers une longue période, une ascension et une chute. La Planète des singes – de Franklin Schaffner – était un film admirable. Le second volet, Le Secret de la planète des singes, de Ted Post, se présentait comme un astucieux palimpseste du premier. Le troisième, Les Évadés de la planète des singes, bouclait plaisamment la boucle. Mais les choses se gâtèrent sérieusement avec les épisodes 4 et 5, du besogneux J. Lee Thompson, sans parler de la série télévisée qui suivit. Les filons ne sont pas tous inépuisables.

Même chose pour les Justicier dans la ville, tous idéologiquement fort discutables bien sûr, mais qui ne manquaient pas d’une certaine énergie au départ. Ils se sont conclus dans le grotesque, avec, dans les volets 4 et 5, un Bronson vieux, bouffi – quantum mutatus ab illo, aurait dit Virgile – et, en un mot (anglais), embarrassing. On pourrait aussi évoquer les différents avatars d’Emmanuelle, l’héroïne finissant sa carrière française dans l’espace (sa réincarnation sous les traits de diverses interprètes à la suite de Sylvia Kristel se justifiant officiellement par des opérations de chirurgie esthétique) et se doublant d’une sœur italienne presque jumelle en la personne d’Emanuelle (avec un seul -m, pour éviter toute accusation de plagiat) interprétée par Laura Gemser, laquelle refuse absolument d’évoquer aujourd’hui ce passé auréolé d’une gloire incertaine. Quant à Superman (version Christopher Reeve), malgré toutes ses bonnes intentions, il n’avait vraiment plus grand-chose de super dans le pathétique Superman IV produit par la Cannon. Et qui se souvient encore de la prequel de Butch Cassidy et le Kid ?
Mais tout n’est pas si simple. Tout ne suit pas toujours une pente descendante. Il est des suites et des remakes dont on s’accorde à dire qu’ils valent bien les originaux. Quand Capra refait lui-même son Lady for a Day, il rate magistralement son coup, le remake étant aussi languissant que l’original était dynamique. Mais quand Leo McCarey refait son Elle et lui, ou Hitchcock L’Homme qui en savait trop, ils savent offrir au spectateur un mélange magistral de déjà-vu et de nouveauté. Le Parrain II de Coppola est, de l’avis général, aussi impressionnant que le I. Et beaucoup d’amateurs des aventures d’Indiana Jones considèrent que le meilleur chapitre de la série est le troisième – La Dernière Croisade. Il peut même se produire des miracles : la nouvelle série des Planète des singes, lancée en 2011, après une parenthèse de quatre décennies, est d’une intelligence qui fait oublier l’insigne faiblesse des deux derniers volets de la première. Et Tarantino a prouvé à plusieurs reprises qu’on pouvait être original en recyclant des matériaux déjà existants.

N’est-ce pas là, au fond, ce que, sous son apparente légèreté, nous rappelle l’ouvrage de Philippe Lombard ? Ce que l’on nomme création n’est jamais, lorsqu’on parle d’art (ou d’art cinématographique), création ex nihilo. Les pièces de Racine, de Corneille et de Molière, les fables de La Fontaine étaient-elles autre chose que des remakes d’œuvres d’auteurs anciens ?Proust a peut-être le mieux résumé la chose, quand il dit – dans son Contre Sainte-Beuve – qu’il n’y a pas des poètes, mais un seul et unique poète qui se réincarne de poète en poète, chacun ne faisant qu’ajouter une pierre à un édifice déjà présent, mais perpétuellement en construction.
Frédéric Albert Lévy
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