Ridley Scott, la bio par Gilles Penso

Par FAL : Ceux qui connaissent un peu Gilles Penso ne seront pas étonnés qu’il s’intéresse à Ridley Scott. Peut-être, octogénaire, restera-t-il à prendre le soleil au bord d’une piscine, mais pour l’instant, comme Scott, il n’arrête pas : montage de bonus de Blu-rays, réalisation de documentaires, encyclopédie in English sur Phil Tippett (l’un des maîtres des effets spéciaux de Star Wars, de RoboCop et de bien d’autres films), biographies. Oui, Gilles Penso est sur tous les fronts.

Il nous avait donné il n’y a pas si longtemps un essai sur Spielberg. À l’occasion de la sortie de Napoléon, il revient aujourd’hui à la charge avec un Ridley Scott, mais dans un esprit sensiblement différent. Son Spielberg était une biographie en partie fantasmée et s’affirmant comme telle ; ce Scott se présente plutôt comme une suite de ce qu’on pourrait appeler des making of si ce terme n’était pas réservé aux documentaires vidéo. Des Duellistes jusqu’à Gladiator 2, que nous devrions découvrir bientôt, aucun film n’est omis. Chaque chapitre s’ouvre avec le récit ou la reproduction des dialogues d’une scène déterminante de chaque film. Puis l’on passe à la manière dont il a été conçu, mis en scène et accueilli par la critique et par le public.

Disons-le tout de suite, on pourra être surpris, voire un brin frustré, de ne trouver dans cette présentation chronologique aucun jugement tranché de Gilles Penso sur tel ou tel film de Scott. S’il dégage dans son introduction deux thèmes majeurs du réalisateur – la guerre sous ses différentes formes, et la femme indépendante –, il n’établit jamais un classement entre les différents films, même s’il est évident qu’une filmographie qui compte aujourd’hui une trentaine de titres ne saurait être d’un niveau parfaitement homogène. On dirait que Scott – c’est toute la différence avec son maître Kubrick, qui pouvait passer des années avant de réaliser un film – a parfois tourné simplement pour le plaisir (le besoin ?) de tourner. Il se fâchait d’ailleurs contre ceux qui, ayant vu Alien et Blade Runner, le soupçonnaient d’avoir comme un penchant pour la science-fiction. Non, aucun sujet, comme il allait le prouver à maintes reprises, ne lui était a priori étranger. Mais cette polyvalence, qu’on pourrait mettre en rapport avec sa méthode consistant à filmer presque toutes les scènes avec trois ou quatre caméras (voire douze dans certains cas !), n’est-elle pas la marque d’un technicien suprêmement doué plutôt que celle d’un auteur (en anglais dans le texte) ?

Le titre plaisamment donné par Gilles Penso à son chapitre d’introduction, « Le talentueux Monsieur Ridley », est on ne peut plus juste. Scott est indubitablement l’un des réalisateurs les plus talentueux au monde –l’homme capable de régler magistralement des situations incroyablement compliquées (tournage au Japon de Black Rain malgré les infinies tâtillonneries de l’administration locale, bouclage des scènes avec Oliver Reed après la mort d’Oliver Reed dans Gladiator, remplacement in extremis de Kevin Spacey par Christopher Plummer dans Tout l’argent du monde), mais, quand on a l’esprit un peu mal tourné, on ne peut s’empêcher, en voyant le mot talent, de se rappeler deux citations assez voisines. La première est du peintre Ingres : « Avec le talent, on fait ce qu’on veut. Avec le génie, on fait ce qu’on peut. » L’autre est du poète anglais Owen Meredith : « Le talent fait ce qu’il veut ; le génie fait ce qu’il doit. »

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L’ennui avec Scott – et c’est pourquoi Gilles Penso a raison d’observer d’un bout à l’autre une sage objectivité –, c’est que rien n’est simple. S’il faisait vraiment tout ce qu’il voulait, il aurait chaque fois rendez-vous avec le succès. Mais un film comme Blade Runner, qui a déçu tout le monde à sa sortie pour être peu à peu, et à juste titre, portée aux nues, montre que Scott a le défaut des grands artistes : il est souvent en avance sur son temps. Et il a réussi ce miracle très rare qui consiste à rester indépendant à l’intérieur du système.

Frédéric Albert Lévy

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