Dune, deuxième partie : la pureté du désert

Par Claude Monnier : De Lawrence d’Arabie (autre épopée guerrière, messianique et désertique), on garde une impression splendide de jaune et de bleu. De Dune version David Lynch, une impression vénéneuse de marron et de noir. Dans Dune, deuxième partie, c’est le blanc/beige irradié, désaturé, qui domine. Les bons cinéastes sont souvent peintres, et pas seulement dramaturges. Il faut donc se demander ce que Denis Villeneuve a voulu nous transmettre avec ce chromatisme particulier, beaucoup plus accentué que dans la première partie.

D’une part, ce blanc/beige irradié traduit bien l’idée d’un monde postapocalyptique (chez Herbert, la guerre dévastatrice contre les machines pensantes). Un monde malade. Outre la désertique Arrakis, c’est l’univers entier de Dune qui, par sa cupidité, sa tyrannie et son fanatisme, offre une vision terrifiante. Auteur triste et pessimiste, presque dépressif, Villeneuve ne pouvait qu’être sensible à cette ambiance mortuaire. Mais le plus beau est qu’en se plongeant complaisamment dans le monde noir d’Herbert, Villeneuve a fini, sans le vouloir, par trouver une certaine lumière, une certaine grâce  ̶  grâce qui manquait à sa première partie, plutôt froide. En plongeant plus à fond dans le désert, en filmant en plans rapprochés les Fremen, l’intellectuel Villeneuve semble avoir appris la simplicité et l’humilité.

Pour Villeneuve, en effet, ce chromatisme blanc/beige irradié ne suggère pas seulement la désolation du monde futur, il traduit aussi et surtout l’effacement des Fremen dans leur milieu : ces guerriers se fondent dans les paysages vides d’Arrakis. Ils sont Arrakis. Ce mimétisme est leur arme. Et leurs ennemis, les Harkonnen, finissent par en être effrayés (fabuleuse apparition fantomatique de Paul). Cette désaturation des couleurs et cette confusion des silhouettes contrebalancent intelligemment ce que pouvait avoir d’ambiguë l’idée d’un sauveur blanc dans un monde d’hommes de couleur : en quelque sorte, Arrakis confond et donc égalise tous ceux qui l’aiment. Dans la poussière, les Atréides (le peu qui reste) et les Fremen finissent par être les mêmes. Les rigides Harkonnen, eux, restent des silhouettes totalement noires, en porte-à-faux avec la planète (leur propre planète, Giedi Prime, est d’un noir et blanc tranché, comme le dévoile l’extraordinaire séquence de l’arène, avec un Feyd Rautha totalement fou). Cette égalisation chromatique des guerriers Fremen est renforcée, dans le dialogue, par la remise en cause du mythe messianique chez certains personnages : Paul, Jessica, Duncan Idaho, qui n’y croient guère au début, et surtout Chani (très bien incarnée par Zendaya), qui déteste cette idée de domination d’un individu sur la masse crédule.

L’intérêt de Dune, deuxième partie est de voir comment Villeneuve tombe amoureux des Fremen, et de Chani en particulier. Tout comme son héros. Mais si le destin du gentil Paul est hélas de se déshumaniser au fur et à mesure de son ascension vers le pouvoir, celui du froid Villeneuve est au contraire de devenir, au contact de Chani, un cinéaste plus chaleureux, plus ouvert à l’autre. Ainsi, pris lui-même dans cette contradiction dramatique, Villeneuve fait de Dune, deuxième partie un film humain, un film touchant. Dans ce monde de corruption et de pouvoir, tout l’enjeu est de garder son innocence.

Claude Monnier

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