
Par Claude Monnier : L’Académie des Oscars n’est pas injuste. Il est normal de couvrir de gloire des films aussi réussis que Casablanca, Autant en emporte le vent, Ben-Hur, Amadeus, Le Dernier Empereur, Danse avec les loups ou, dernièrement, Oppenheimer. Ce sont à l’évidence de superbes œuvres, faites avec enthousiasme et passion. Et c’est cette passion communicative de toute l’équipe qui est justement récompensée.
Toutefois, si l’Académie des Oscars n’est pas aveugle, elle est pour le moins borgne ! Que Ford, Wyler, Coppola, Spielberg, Stone ou Eastwood soient oscarisés à plusieurs reprises, c’est on ne peut plus mérité. Que Chaplin, Welles, Hitchcock, Hawks, Kubrick, pas vraiment manchots non plus, n’aient jamais reçu l’Oscar du meilleur réalisateur durant leur carrière, c’en est presque bouffon ! Qui donc, bon sang, a bien pu recevoir l’Oscar du meilleur réalisateur l’année des Lumières de la ville et de 2001 : l’Odyssée de l’espace ? L’année de Scarface et de Vertigo ? Au moins se consolera-t-on en songeant que ces artistes ont parfois été nominés…

Mais l’objet de cet article n’est pas d’évoquer ces grands génies. A l’occasion de la récente cérémonie, nous voudrions plutôt rendre hommage aux cinéastes qui ne sont jamais nominés et qui, quelque part… doivent en être fiers ! Des cinéastes repoussoirs, des mauvais élèves, des emmerdeurs. Des anti-Oscars. Oui, nous soupçonnons Peckinpah, De Palma, Carpenter, Dante, McTiernan, Verhoeven d’être fiers de n’avoir jamais été appelés. Et d’être conscients (ou de l’avoir été, pour le défunt Sam) que, quelque part, des œuvres de « mauvais garçon », des œuvres « outrées » comme La Horde sauvage, Alfredo Garcia, Croix de fer, Phantom of the Paradise, Blow Out, Scarface, The Thing, Jack Burton, Prince des Ténèbres, Gremlins, L’Aventure intérieure, Predator, Piège de cristal, Une Journée en Enfer, La Chair et le sang, Robocop, Starship Troopers, comptent autant, si ce n’est plus, dans l’esprit des vrais connaisseurs, que Miss Daisy et son chauffeur.
Au fond, ce sont peut-être ces œuvres-là, ces œuvres de « mauvais goût », qui font avancer le plus le cinéma, en repoussant les limites, en creusant là où il ne faut pas.
Et, on le sait, pour les véritables pionniers, les défricheurs, au diable le costard cravate !
Claude Monnier
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