
Par Claude Monnier : Ça y est. Conçu au pays des rêves il y a quarante ans, Megalopolis, le film fou de Francis Ford Coppola, vient officiellement de faire son entrée dans notre dimension : après des mois de post-production, une avant-première officieuse a eu lieu jeudi 28 mars 2024, dans un cinéma IMAX de Los Angeles.

Pour cette projection très privée, les invités ont été triés sur le volet : essentiellement des directeurs de studio et des vedettes hollywoodiennes, celles du film bien sûr, mais aussi des amis de Coppola, comme Al Pacino ou Andy Garcia. Plus quelques critiques privilégiés. Pour l’occasion, le lion starfixien aurait bien aimé se transformer en petite souris…

Même s’il faut se méfier des réactions lors de tels événements, on peut d’ores et déjà être rassurés par la standing ovation de plusieurs minutes qui a suivi la projection ! Après tout, s’ils avaient été quelque peu déçus par le film, les invités auraient pu se contenter d’applaudissements polis. Mais Coppola a, semble-t-il, réussi son pari. Les échotiers hollywoodiens parlent déjà d’une « superproduction expérimentale de 120 millions de dollars », d’un « film underground des sixties conçu pour IMAX », ajoutant que Megalopolis n’est jamais ennuyeux malgré sa complexité. Curieusement, la durée de ce « péplum sur une Rome futuriste » (c’est ainsi que Coppola conçoit le film) est seulement de deux heures et ne devrait pas trop changer d’ici la sortie officielle, au deuxième semestre 2024. La raison de cette relative courte durée est peut-être prosaïque : le film reposant en bonne partie sur des effets numériques coûteux, et ayant été financé de manière indépendante, on pouvait difficilement ajouter une heure de plus. Mais il y a également une raison esthétique : en effet, vu le maelstrom complexe d’images et de sons dont parlent les premiers spectateurs, Coppola a, semble-t-il, repris son style symbolique de Rusty James et de Coup de cœur (qui, ce n’est pas un hasard, ressort cette année en version restaurée), plutôt que celui classique du Parrain. De fait, pour le grand public visé, on imagine mal trois heures d’expérimentation audiovisuelle ! Rappelons par ailleurs que Citizen Kane, le modèle avoué de Coppola en matière de film hollywoodien ambitieux et expérimental, dure aussi deux heures pile.

Pour concentrer une telle ampleur narrative (New Rome détruite et reconstruite par un architecte mégalo), avec sa centaine de personnages, le cinéaste a sans doute opté pour un montage par longs fondus enchaînés, fondus qui mêlent plusieurs moments et plusieurs lieux ; c’est sa technique favorite, depuis longtemps : pensons par exemple aux scènes de transition du Parrain 2, d’Apocalypse Now et de Dracula. Dans la même optique de concentration, il a également opté pour une voix-off réflexive (justement comme dans Apocalypse Now), voix assurée ici par Laurence Fishburne, qui joue aussi un personnage du film. Le choix du compositeur est également intéressant : non pas un musicien lambda d’Hollywood, mais Osvaldo Golijov, musicien d’avant-garde réputé, qui a travaillé sur les trois derniers films arty du cinéaste. Rassurez-vous : Golijov est aussi capable de concevoir des mélodies émouvantes et envoûtantes (voir L’Homme sans âge).

Pour finir, rappelons que Megalopolis est avant tout une love story shakespearienne (entre Adam Driver et Nathalie Emmanuel, retenus par leur famille respective) et que tout l’aspect épique (New Rome dévastée, la corruption et la décadence des élites, la révolte du peuple) est subordonné à cet aspect émotionnel.
One from the heart…
Claude Monnier
Le mook Starfix 2023 est toujours disponible dans les librairies et FNAC. N’hésitez pas à le demander à votre libraire si ce n’est pas le cas (attention il n’est pas dispo en kiosque et dans les réseaux magazines). Sinon vous pouvez le commander sur le Pulse Store

