
Par FAL : Beverly Hills Cop – Axel F est un peu le Jamais plus jamais d’Eddie Murphy, mais, comme la parenthèse qui s’est écoulée depuis la trilogie Beverly Hills Cop est de plus trente ans, le comédien ne peut s’offrir le luxe que s’était offert Sean Connery : Bond « réincarné » en 1983 était plus jeune, plus svelte, plus dynamique que le Bond passablement grassouillet et désabusé des Diamants sont éternels. Douze ans seulement s’étaient écoulés ; cette cure de jouvence restait possible.

Rien de tel ici. Murphy a dû prendre une quinzaine de kilos depuis les années quatre-vingt et son partenaire Judge Reinhold est à peine reconnaissable (il n’apparaît d’ailleurs vraiment que dans la dernière partie du film). Beverly Hills Cop – Axel F est donc, disons, un film d’action modérée, même si, l’affaire étant toujours une production Bruckheimer, on ne coupe pas – et dès les premières minutes – aux rituelles poursuites de voitures avec option carambolages pour les véhicules de police. Jerry Bruckheimer doit avoir conclu des accords à vie avec des casses automobiles, mais si, il y a trente ans, cela pouvait encore nous faire sourire, aujourd’hui, cela nous laisse, au mieux, indifférents.

D’où vient qu’on éprouve malgré tout un certain plaisir à regarder ce quatrième volet – ce quatrième Foley ? Eh bien, si l’on veut poursuivre la comparaison avec Bond, cet Axel F n’est pas tant à rapprocher du retour de Sean Connery que de la pentalogie Daniel Craig : l’accent est mis sur les rapports entre les personnages, et plus précisément sur les rapports familiaux. Axel F reste un buddy movie, mais arrive à renouveler quelque peu le genre en donnant comme buddy au personnage d’Eddie Murphy non pas un autre flic, mais sa propre fille (Taylour Page), qu’il avait perdue de vue depuis plusieurs décennies et qui ne le lui a jamais pardonné. À l’origine de cette séparation, le fait qu’Axel Foley se vouait corps et âme à son métier de flic aux dépens de sa famille. Ficelle scénaristique un peu grosse, bien sûr, de même que celle qui consiste à attribuer le rôle du méchant (Kevin Bacon, toujours aussi mince, mais, lui, bien ridé) à un flic ripou invoquant l’ingratitude du système pour justifier sa ripousitude. Mais le lien entre père et fille est traité avec une certaine justesse et non sans subtilité, dans la mesure où la fille, tout en s’insurgeant contre son père (elle a même rejeté son nom), n’a pu s’empêcher de travailler dans le même domaine que lui, même si c’est « de l’autre côté du miroir » : lui arrête les délinquants ; elle, devenue avocate/assistante sociale, s’est donné pour mission de ramener ces délinquants dans le droit chemin. Ambiguïté des sentiments : ce quatrième Flic de Beverly Hills sous-titré Axel F n’est pas sans flirter avec Sigmund F.
Frédéric Albert Lévy
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