Alien : Romulus, l’instinct de reproduction

Par Claude Monnier : De nouvelles générations condamnées à revivre ce qu’ont vécu les générations antérieures… Cette malédiction, c’est ce que montre Alien : Romulus par son sujet, par sa fabrication et par sa diffusion.

Maquette du vaisseau pour les effets visuels

Le sujet d’abord : l’histoire se déroule vingt ans après le premier Alien. Un groupe de jeunes ouvriers, voulant fuir la compagnie minière qui les exploite, pénètre dans un vaisseau spatial abandonné, nommé Romulus et Rémus. Mais le bâtiment a été ravagé par un organisme extraterrestre, prélevé dans les décombres d’un certain Nostromo… Vous devinez aisément la suite : un quasi remake du film de 1979, allant même jusqu’à ressusciter (numériquement) Ian Holm, et à mettre en sous-vêtements l’héroïne survivante ! Sans parler des références à Aliens, Alien 4, Prometheus… Le plus étrange est que ce recyclage n’est pas si gênant que cela, puisque la reproduction (celle des organismes extraterrestres, celle de la violence meurtrière), est le cœur du sujet. Cette reproduction perpétuelle des mêmes causes (génétiques, économiques) et des mêmes effets (sanglants) donne à la saga Alien des accents de tragédie : la transmission de l’ADN maudit remplace le Destin ; la Weyland Compagny manipule les hommes tel Zeus sur son Olympe ; et une jeune héroïne (Cailee Spaeny) marche dans les mêmes pas qu’une autre (Sigourney Weaver), sans le savoir. Cette ignorance, voulue par les puissants, est la cause de tous les malheurs du peuple, depuis toujours (peuple représenté par des équipages prolétaires dans tous les films). Là est la dénonciation politique, inlassablement répétée, de la saga.

La fabrication ensuite : le destin du jeune réalisateur Fede Alvarez est de venir après de glorieux ainés, Sam Raimi et Ridley Scott, dans une époque où le reboot est roi. Pour faire ses preuves et se faire remarquer, il a dû dans un premier temps reproduire Evil Dead. Et il doit désormais reproduire Alien. Pourquoi ? Parce qu’il a un talent indéniable pour la peur viscérale et claustrophobique. C’est son truc. Et « son » film, disons-le, est une grande réussite à ce niveau. De même, tous les techniciens et artistes qui l’entourent (décorateurs, chef-op, musicien, maquilleurs, infographistes…) se sont admirablement démenés pour reproduire le côté « dur » et « dark » du premier Alien. On peut toutefois se demander : de jeunes gens talentueux comme Alvarez et ses collègues n’ont-t-il pas mieux à faire que du « fan service » ? Certes, et s’il n’y prend garde, Alvarez risque de se faire totalement dévorer par le titan Disney. Il est donc à la croisée des chemins.

Fede Alvarez

La diffusion enfin : pour Disney et ce qui reste de la Fox, il s’agit de reproduire le miracle de mai 1979, lorsque le premier Alien triompha et terrorisa le public de Star Wars. Résultat : dans la salle où nous étions, très peu d’ados, plutôt des trentenaires… et surtout beaucoup de têtes blanches. Etonnant ? Pas vraiment. Ces têtes blanches, en moyenne soixante-dix ans, et a priori « hors cible » (vu le casting du film), n’avaient-elles pas la trentaine en 1979 ? Peut-être voulaient-ils revivre, ces vénérables vieillards, ce qu’ils avaient vécu en tant que jeunes adultes ?

Au fond, reprocher à Disney/Fox, à Alvarez et aux spectateurs (dont nous sommes) le manque d’originalité serait faire un mauvais procès. En reproduisant à la perfection l’œuvre de leurs aînés, et en allant dans les salles pour revoir le même spectacle, artistes, producteurs et spectateurs ne font que prouver, sans le vouloir, leur statut d’êtres vivants. De nouvelles générations condamnées à revivre ce qu’ont vécu les générations antérieures, ou bien d’anciennes générations niant en vain le passage du Temps : n’est-ce pas, au fond, l’histoire  ̶  et la malédiction  ̶  de tous les organismes sur notre planète ?

Claude Monnier

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