
Warner Bros.
Par Claude Monnier : C’est le même phénomène que pour Alien : Romulus : on veut recopier un succès des années 1980 et pour cela on privilégie les effets spéciaux « en dur », pour retrouver « les conditions d’époque ». Mais si l’on peut éventuellement reproduire les techniques d’un film des eighties (ou de la fin des seventies), on ne peut en reproduire l’originalité, surtout si l’œuvre tend au remake pur et simple.
Dans ce manque d’originalité partagé, Alien : Romulus a au moins un avantage : il ne cherche pas à faire rire. Beetlejuice Beetlejuice si. Or, rien de pire au cinéma qu’un comédien qui cabotine en croyant être drôle… et ne l’est pas. C’est ce qui arrive ici à Winona Ryder, Catherine O’Hara, Justin Theroux, Danny DeVito, Willem Dafoe et même Michael Keaton. Ainsi, selon divers témoignages, les salles restent de marbre devant Beetlejuice Beetlejuice. Pas de rire. Silence sépulcral. On pourrait y voir le signe d’un échec commercial mais en réalité le film cartonne aux States et cartonnera sans doute ailleurs. Le marketing pourrait être une raison suffisante à ce succès mais comme la campagne publicitaire n’est pas si massive que cela, nous pensons que la raison de ce succès est plus profonde. Elle tient justement dans le silence sépulcral que nous évoquions plus haut. Si les gens ne rient pas aux gags, ils sont sans doute séduits, voire rassurés, par ce spectacle des enfers qui, comme le disait Kubrick à propos des films de fantômes, suggère qu’au-delà de la tombe, « il y a autre chose que le vide et l’oubli ». Mais si les gens ne rient pas, c’est aussi que le film est trop sinistre, trop pesant. Tim Burton semble y déverser toute la rancœur accumulée durant ses années Disney, n’hésitant pas à donner dans le gore dégoûtant, notamment dans les passages avec le « bébé » de Beetlejuice. En cela, le film est intéressant : c’est bien un film d’auteur, où le cinéaste démiurge exprime sa vision du monde. Mais c’est le film d’un auteur vendu. Qui plus est, un vendu qui a mauvaise conscience, exactement comme le personnage de Winona Ryder dans cette « nouvelle » histoire, mimant sans conviction ses exploits d’autrefois. Et, au cours du film, la vision répétée d’âmes aspirées par la maléfique Monica Belluci, laissant derrière elle des êtres vides et ratatinés, résonne amèrement avec le sort du réalisateur. Le pire (et répétons-le, le plus intéressant d’un certain point de vue) est que Burton est parfaitement conscient d’être passé de l’autre côté. Il est devenu un véritable cinéaste-zombie, un être damné. Vidé. Ce film est un témoignage direct, personnel, amer, de son expérience dans l’au-delà hollywoodien.

Et au fond, le silence des foules durant les projections de Beetlejuice Beetlejuice est peut-être un hommage posthume à un cinéaste mort depuis longtemps.
Claude Monnier
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