
Par Claude Monnier : Enfermé à l’hôpital psychiatrique de Gotham, Arthur Fleck (Joachin Phoenix), dit le « Joker », est en attente de son procès : il s’agit de déterminer s’il est schizophrène (et donc irresponsable) ou bien un meurtrier de sang-froid. A l’extérieur, son « culte » augmente et ses « admirateurs » rêvent de le voir prendre le pouvoir sur la ville. Parmi ces fans, la future Harley Quinn, Lee Quinzel (Lady Gaga), une psychiatre névrosée qui s’est fait interner pour approcher son idole et le pousser à la révolte.
Le premier Joker (2019) s’était démarqué par son réalisme absolu, au point de faire oublier au spectateur qu’on était dans l’univers Batman. L’intérêt du film, outre la fabuleuse performance de Joachin Phoenix, était d’être une reprise, en mode tragique, de La Valse des pantins de Scorsese, avec un zeste de Taxi Driver pour l’ambiguïté finale : faut-il sympathiser avec ce pauvre type qui pète un plomb et tue les pourris qui se moquent de lui ?… Dans l’idéal, Phillips et Phoenix auraient sans doute préféré en rester là et ne pas donner de suite à Joker. « Malheureusement » pour eux, le film de 2019 a été un triomphe au box-office et Warner/DC a voulu doubler la mise. D’où cette séquelle tirée par les cheveux.
Tirée par les cheveux mais pas inintéressante, d’un certain point de vue. La particularité de Joker : Folie à deux, c’est en effet de voir Phillips et Phoenix… se faire harakiri en direct. N’ayant rien à raconter, ils le font clairement savoir, afin qu’il n’y ait pas de troisième épisode. La performance de Phoenix et la mise en scène de Phillips sont aussi bonnes que dans le premier film mais ne mènent volontairement nulle part. Ou pour mieux dire : mènent volontairement dans le mur. Au sens propre et figuré. Nombre de séquences (la routine carcérale de Fleck avec ses gardiens, l’évasion manquée avec Lee Quinzel/Harley Quinn, l’échappée du tribunal à la suite d’une explosion) sont ainsi filmées en de magistraux plans-séquence qui collent à la peau de Fleck, le suivant dans sa longue marche, pour aboutir in fine et systématiquement sur une impasse : la cour boueuse des détenus, l’enceinte grillagée de l’asile ou bien encore le fameux escalier abrupt du premier film, vers lequel Fleck se dirige machinalement (c’est son quartier d’enfance), ne sachant pas où aller pendant son « échappée ». Quant aux scènes musicales qui sont censées apporter du neuf à cette suite, elles sont systématiquement désamorcées par le montage qui les montre comme le fruit de l’imagination de Fleck. Les talents vocaux de Lady Gaga, qui auraient pu donner de la chaleur au film, sont également « niés » par la principale intéressée, qui chante la plupart du temps a capella, de manière volontairement hésitante. Quant à l’image finale, c’est peu dire qu’elle illustre le nihilisme des auteurs, qui se savent au pied du mur (ici littéralement) et décident d’en finir une bonne fois pour toutes. Glaçant.
C’est peut-être la première fois qu’on voit ce type de suicide artistique dans un blockbuster. En cela, l’identification entre Todd Phillips, Joachin Phoenix et le personnage qu’ils ont créé reste entière.
Claude Monnier
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