Né un 4 juillet, en combo collector haute définition chez L’Atelier d’images

En 1989, Oliver Stone clôt sciemment les belliqueuses et reaganiennes eighties par un grand pamphlet sur la connerie de la guerre. Et il prend tout aussi sciemment le héros frimeur de « Top Gun » pour mettre les jeunes Américains face à la vérité du combat. Pas de risque de mythifier la guerre avec « Né un 4 juillet ». Stone a retenu la leçon de William Wyler dans « Les Plus belles années de notre vie » : la guerre étant de l’action, elle peut vite devenir cinématographiquement séduisante ; si l’on veut montrer l’obscénité de la guerre, il faut donc l’éluder totalement (Wyler) ou presque (Stone n’y consacre qu’un quart-d’heure) et montrer surtout les conséquences, à savoir un homme mutilé à vie et traumatisé.

« Né un 4 juillet » est une fresque qui donne, comme toute vraie fresque, l’impression d’un seul mouvement. Le mouvement unique d’une conscience qui s’éveille. Si l’on a cette impression d’un seul mouvement, c’est bien sûr grâce à l’enchaînement de trois décennies vécues par un homme (les fifties, les sixties, les seventies, toutes admirablement reconstituées), mais c’est aussi grâce à la fluidité de la caméra de Stone et Bob Richardson. Les mouvements continuels de la caméra ont pour but d’épouser les élans de Ron Kovic (Tom Cruise dans son plus grand rôle), jeune exalté qui part du mensonge pour aboutir à la vérité. D’abord l’élan de l’idéal, dans une Amérique rêvée, ensuite l’élan de la panique en pleine réalité guerrière, enfin, passée une période de stagnation terrible à l’hôpital, l’élan de plus en plus irrépressible vers un nouvel idéal, celui de la lutte pour la paix, où Kovic devient cette fois un VRAI héros.

Cette unité thématique et formelle est aussi renforcée par la partition de John Williams, transformant la fresque en opéra douloureux. Tout est dans cette musique si belle : la solitude, la tristesse, le destin. Tout est dans ces accords à la Beethoven qui accompagnent, dès l’ouverture du film, l’échange de regards entre le petit Ron, sur les épaules de son père, et le vieux combattant de la Seconde Guerre mondiale. Un vieux combattant sans bras et au regard abîmé. Un regard qui ouvre la conscience… 

Claude Monnier

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