« The Alto Knights », le dernier film de gangsters de Robert De Niro

Par Claude Monnier : Lorsque l’acteur d’ « Il était une fois en Amérique », le scénariste des « Affranchis », le directeur photo de « Heat » et le réalisateur de « Bugsy » se réunissent pour raconter les vieux jours de Frank Costello et Vito Genovese, parrains de la pègre newyorkaise, on ne balaie pas ça d’un revers de la main, comme l’ont fait les critiques et le public. Un peu de respect, que diable ! Certes, « The Alto Knights » (nom du night-club de Costello et Genovese pendant la prohibition) n’est pas un grand film, c’est même un film de vieux un peu fatigué, mais ça tombe bien : c’est le sujet. En incarnant assez logiquement les deux rôles (car les deux gangsters se ressemblaient un peu physiquement et étaient qui plus est « frères de sang »), De Niro cherche à montrer les deux faces de la vieillesse, la sagesse, l’aigreur, et parvient même, sous le maquillage épais de Genovese, à se faire oublier en tant que De Niro pour ne laisser voir qu’une sorte de Joe Pesci inquiétant. Comme le Fantômas de Jean Marais, c’est un peu ringard et, en même temps, ça met mal à l’aise…

Pour son retour au cinéma, Barry Levinson ne parvient pas à retrouver sa rigueur formelle d’antan mais il conserve son talent doux-amer pour mettre en scène les conversations creuses entre vieux amis (ou entre vieux tout court ; voir le très beau « Avalon »). Et l’on apprécie son tact pour filmer le couple solitaire formé par Costello et sa femme (Debra Messing), une Juive peu appréciée des Italiens. Couple qui vit en vase clos au sommet d’un building, cherchant à se protéger d’un monde hostile. Malgré un budget relativement faible pour un tel sujet (cinquante millions de dollars), Levinson parvient à donner une certaine ampleur par le montage complexe, basé sur le contrepoint, mêlant voix-off amusée de De Niro/Costello, images glacées signées Dante Spinotti et photographies d’époque très crues. Malgré quelques scènes confuses, comme la tentative d’assassinat sur Costello au début, le cinéaste sait par moments retrouver sa verve (Costello devant la Commission ; la réunion de toute la pègre américaine à la campagne, espérant ainsi se mettre à l’abri du FBI).

Quant au scénariste Pileggi, nous ne voyons aucune faiblesse dans son travail : pour peu que l’on s’intéresse à ces capitalistes sauvages que sont les gangsters, son script est aussi précis et documenté qu’autrefois, mélange savoureux de tragique et de dérisoire (voir la conversation impayable de Genovese autour des Mormons !), et le film mérite d’être vu rien pour cet aspect.

Soyons clairs : entre les mains de Scorsese, ce film de vieux gangsters aurait été grand, mais ce film, Scorsese l’a déjà réalisé en 2019 et sans doute n’a-t-il pas voulu se répéter. En l’état, c’est toujours plaisant, en ces années de super-héros, de faire un petit voyage au temps des voitures rutilantes et des feutres mous, et d’être le témoin lucide des faiblesses humaines. 

Claude Monnier

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