
Par FAL : On ne compte plus le nombre de plumitifs qui, depuis des semaines et des mois, pondent au kilomètre des articles sur le prochain « Bond ». Cela peut se comprendre, puisque, comme chacun sait, James Bond est une véritable institution, mais la question qui revient sans cesse n’a franchement pas grand intérêt, en tout cas pas pour le moment. À quoi bon spéculer sur le choix du prochain interprète de l’agent 007 ? Le temps qui passe rend de toute façon caduques certaines hypothèses – par exemple, Idris Elba, si souvent cité il y a quelques années, est désormais beaucoup trop vieux – et, entre nous soit dit, si, il y a soixante ans, Dr. No a été le succès que l’on sait, c’était, bien sûr, grâce à Sean Connery, mais tout autant grâce au réalisateur Terence Young qui sut habiller, éduquer, modeler Sean Connery pour le transformer en James Bond. Dans le même ordre d’idée, regardez les moments où la série a dû être relancée après une longue période d’hibernation. Pierce Brosnan et Daniel Craig ont largement contribué au redémarrage de la machine en 1995 et en 2006, mais on peut aussi raisonnablement penser que, et pour GoldenEye, et pour Casino Royale, le principal artisan de cette résurrection fut le réalisateur Martin Campbell – le même qui avait su faire revenir Zorro sur le grand écran.
Donc, avant de s’interroger sur l’interprète, il vaudrait mieux spéculer sur le prochain metteur en scène. Pour être franc, cette question est quelquefois posée, mais, alors qu’on nous sert régulièrement des listes de dix noms pour les candidats possibles pour le rôle, on nous offre le plus souvent un seul et unique nom pour le metteur en scène : Christopher Nolan.
Sans doute parce que Nolan a déjà fait ses preuves en réalisant au moins deux « Bond » – les deux derniers. Comment ? Ce n’était pas Nolan, mais Sam Mendes et Cary Joji Fukunaga ? Ah oui ! pardon. Mais l’esprit de Nolan flottait sur les eaux et, à vrai dire, déjà depuis Skyfall. Photo sombre, tourments existentiels du héros, retour sur ses origines. Back in time. Quoi de plus nolanien que tout cela ? Seulement, ce détour, ou, comme on dit maintenant, ce « pas de côté » qui avait fait toute la réussite de Skyfall fait partie des « fantaisies » qu’une série ne peut s’offrir qu’une fois de temps en temps. À partir du moment où l’on s’interrogeait sur l’enfance du petit James, on le rendait humain, certes, mais trop humain. En un mot, mortel. Et tellement mortel qu’il en est mort. On nous permettra de douter que Nolan soit le réalisateur le plus apte pour le ressusciter.
Alors qui ? Eh bien, toute la difficulté pour le prochain « Bond » va être, comme d’habitude, mais bien plus que d’habitude, d’assurer le changement dans la continuité (certains imaginent même qu’on pourrait, grâce aux bons soins de l’Intelligence artificielle, faire revenir Sean Connery…). Mais, pour apporter du nouveau tout en restant fidèle au cahier des charges originels, pour résoudre cette équation, n’y a-t-il pas un vieux jeune homme tout désigné ? Un garçon à qui, il y a quelques décennies, on avait ri au nez quand, sous prétexte qu’un de ses films venait de bien marcher, il avait exprimé le désir de réaliser un « Bond ». Mais oui, Steven Spielberg. Malgré toute sa longue carrière, ses derniers films prouvent qu’il porte encore en lui toute son enfance de cinéphile (remake de West Side Story, citations cinématographiques dans Ready Player One, naissance de sa vocation dans The Fabelmans)… sans parler de sa manie de ressusciter des dinosaures. C’est à lui que devrait songer JB pour JB. Jeff Bezos pour James Bond. Indiana Jones est mort. Vive James Bond !
FAL
