
Par Claude Monnier : « Life of Chuck » fait figure de petite oasis dans le paysage sinistre des films américains récents (et pas seulement américains du reste). Qu’est-ce qui distingue « Life of Chuck » de ses concurrents ? Une bonne histoire. Et le plaisir du narrateur de la RACONTER. Ce plaisir vient évidemment de la source du film, Stephen King. Au-delà de l’horreur, le talent principal de King a toujours été dans sa gourmandise communicative à faire avancer un récit. Comme ça, pour le plaisir, à partir de rien. De fait, pour nous régaler, le cinéaste Mike Flanagan n’a eu qu’à suivre fidèlement la nouvelle de King, narrant trois moments de la vie d’un certain Charles « Chuck » Krantz (Tom Hiddleston), petit comptable de province. Trois moments disposés à l’envers, de sa mort à sa prime jeunesse. Une jeunesse d’orphelin passée chez ses grands-parents (Mark Hamill et Mia Sara), dans une vieille maison de style victorien. Et, tout en haut de cette vieille maison, une coupole énigmatique, où il est interdit d’entrer…
Par sa réflexion douce-amère sur l’existence et sur la mort, « Life of Chuck » est un des nombreux héritiers de « La Vie est belle » de Capra : déprime d’abord face à la petitesse apparente de nos vies, réconfort ensuite devant le simple fait d’aimer ses proches et de faire partie de l’univers. Rien de bien nouveau ici et c’est sans doute la limite du film. Mais en ces temps de disette et de cynisme, on ne va pas faire la fine bouche ! D’autant que Flanagan, et c’est tout ce qui compte, est d’une sincérité à fleur de peau dans sa direction d’acteurs. Tom Hiddleston, Chiwetel Ejiofor, Mark Hamill et Mia Sara (qui fait un retour inattendu et enthousiasmant sur nos écrans) sont tous dirigés avec sensibilité, donnant un aspect d’eux-mêmes qu’on ne connaissait pas. Quant au jeune Benjamin Pajak, jouant Chuck à onze ans, c’est une vraie révélation, digne de Henry Thomas.
Formellement, le film n’est pas en reste, jouant habilement avec toute une gamme de lumières déclinantes et avec le motif de la marche. Marche lente, décidée ou… dansée. Car « Life of Chuck » est aussi hommage aux comédies musicales d’antan. Un hommage qui n’est pas gratuit, tant ces comédies étaient faussement naïves, s’opposant ostensiblement au nihilisme de leur époque (l’âge d’or des « musicals » coïncide avec les atrocités de la guerre de Corée et avec la course aux armes thermonucléaires). Des comédies qui montraient combien il était possible de s’opposer à l’absurdité de la vie en rendant merveilleuse, poétique, cette absurdité.
Pour le simple plaisir, nous enseigne le film, il faut avancer. Phrase après phrase (King), plan après plan (Flanagan), pas après pas (Chuck).
Claude Monnier
