
Par Claude Monnier : Rien de tel qu’un mauvais blockbuster pour réfléchir à ce qu’est le cinéma. A la limite, un blockbuster d’auteur réussi, comme « Mad Max Fury Road » de Miller, laisse un tel sentiment de plénitude qu’on ne réfléchit à rien en sortant de la salle. On est heureux. Point. Mais voir coup sur coup « Jurassic World : Renaissance » et « Superman » est une épreuve que tout cinéphile doit traverser, s’il veut se poser des questions aussi fondamentales que : à quoi sert le cinéma ? Qu’est-ce qu’une bonne histoire ? Comment un réalisateur peut-il « se vendre » à ce point ? Comment peut-on être aussi insipide (Gareth Edwards) ou aussi puéril (James Gunn) ?…
A toutes ces questions, on pourrait opposer le bon sens : pourquoi aller voir des films qui sont faits pour les enfants de douze ans ? Certes. Mais les choses ne sont pas si simples. Un adulte a le droit de vouloir se confronter à des images mythiques, pourvu qu’elles soient intelligentes. Le « Superman » de Richard Donner visait sans doute les enfants, mais il était tellement beau et subtil que les adultes y trouvaient facilement leur compte.
Entendons-nous. « Jurassic World : Renaissance » et « Superman » sont des films techniquement extraordinaires, les dinosaures sont plus vrais que nature, Superman vole mieux que jamais dans les airs, les immeubles gigantesques semblent s’écrouler de leur vrai poids, etc. Et le spectateur adulte n’a pas envie de se priver de ce spectacle ébouriffant. Mais est-ce si difficile de raconter une histoire intéressante ? Est-il possible de faire autre chose qu’une randonnée dangereuse de deux heures (« Jurassic World : Renaissance »), autre chose qu’un affrontement kitsch qui part dans tous les sens (« Superman ») ?
Face à de tels films, le cinéphile starfixien finit par devenir soupçonneux. L’écart entre les effets spéciaux (parfaits) et le scénario (indigent) est tel qu’il s’interroge avec angoisse : cet écart n’est-il pas volontaire ? N’y a-t-il pas quelque chose qui se cache là-dessous ? Mettre en scène avec autant de détails et de perfection la violence destructrice (fureur des dinosaures, fureur des surhommes), est-ce la trace, chez les Américains, d’une mauvaise conscience ancestrale, d’une peur puritaine et biblique de la Punition ? Ou bien, est-ce une démonstration de force à l’usage du monde entier, avec comme message subliminal : ne luttez pas, notre supériorité technique, numérique, matérielle, est écrasante ? Et d’ailleurs,
dans « démonstration de force », n’y a-t-il pas le mot « monstre » ?…
Toutes ces questions philosophiques seront résolues, n’en doutons pas, lors du visionnage du prochain « Les Quatre Fantastiques ». Vivement.
Claude Monnier
En mémoire de Jean-Pierre Putters (1946-2025)
