« The Hit », le polar de Stephen Frears revient en Blu-ray chez Metropolitan

Par Claude Monnier : « The Hit » ou quand Stephen Frears était à son meilleur. A l’époque, son cinéma était nerveux, concentré, plein de suspense. C’était, soit du pur polar (« The Hit », « Les Arnaqueurs »), soit du polar déguisé (« Prick Up Your Ears », « Les Liaisons dangereuses »). Après cette période bénie, à laquelle on peut adjoindre à la rigueur « Héros malgré lui » et « Mary Reilly », Frears resta un bon réalisateur, mais son cinéma fut moins tendu, moins vénéneux, plus académique pour tout dire…

Même si la critique officielle ne le remarqua qu’avec « My Beautiful Laundrette », en 1986, son premier coup d’éclat fut bien « The Hit », en 1984. Polar, donc. L’histoire ? Difficile de la résumer en une phrase, tant ce film « rectiligne » (un road trip violent du Sud au Nord de l’Espagne) est tout sauf rectiligne. Essayons donc en trois : ayant trahi les membres de son gang pour alléger sa peine de prison, un truand britannique (Terence Stamp) vit sous couverture dans le Sud de l’Espagne. Au bout de dix ans de tranquillité, il est retrouvé et kidnappé par deux bandits (John Hurt et Tim Roth), qui ont pour mission de le livrer à son ancien boss, installé à Paris. Ajoutez à ce trio de malfrats une jolie Espagnole (Laura del Sol), elle aussi kidnappée (demandez pas pourquoi, c’est trop compliqué), et vous vous doutez que la traversée de l’Espagne en voiture ne sera pas de tout repos…

La première raison pour laquelle ce polar est grand, c’est qu’il est totalement imprévisible. On ne sait pas du tout qui va mourir, car le personnage de Stamp est tellement ironique, tellement fataliste, tellement nonchalant par rapport à sa future exécution, qu’il perturbe et retourne le cerveau des deux kidnappeurs ! A-t-il une chance de s’en sortir, ainsi que cette femme innocente ? On ne sait… D’où la tension. D’autant que Frears fait de chaque discussion dans la voiture, de chaque halte dans la nature, de véritables joutes psychologiques et physiques (par exemple lorsque Laura del Sol mort jusqu’au sang la main de Hurt en guettant sa réaction ̶ et celle-ci est d’ailleurs totalement inattendue).

La deuxième raison pour laquelle ce polar fascine, c’est qu’il pratique constamment le contraste : contraste entre ces hommes et cette femme qu’ils ne comprennent pas, contraste entre le jeune bandit et les vieux, contraste entre la « cool attitude » de Stamp et la froideur de Hurt, contraste surtout entre la noirceur de l’intrigue et la lumière éclatante des routes espagnoles.

Le seul trait d’union dans tout cela, c’est la mort : tous les personnages sont en sursis, comme déjà morts. John Hurt, par sa lividité et son étrangeté, semble lui-même une incarnation de la Faucheuse. Et cette promenade avec la mort que constitue « The Hit » se fait à travers une Espagne hantée par son passé médiéval, c’est-à-dire là encore quelque chose de mort. Le tout dans des paysages désertiques…

Pour les personnages de « The Hit », il s’agit de faire un dernier tour sur Terre, une dernière danse, d’où cette caméra fluide et ce flamenco mélancolique.

Claude Monnier

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