
Par Claude Monnier : « Dracula » de Luc Besson cet été, « L’Homme qui rétrécit » de Jan Kounen et « Chien 51 » de Cédric Jimenez cet automne, sans oublier l’excellent « The Substance » de Coralie Fargeat l’an dernier… Est-on en train d’assister à une vague fantastique de grande ampleur en France ? Serait-ce cette vague que l’on espérait après le triomphe du « Pacte des loups » de Christophe Gans en 2001… et qui aurait deux décennies de retard ? Difficile à dire pour le moment. Mais ce qui est certain, c’est que, malgré leurs défauts, il faut saluer ces films ambitieux qui visent le marché international, loin de ces insupportables comédies « téléfilmesques » qui polluent nos grands écrans chaque année.
Concernant Besson, on est habitué. C’est même lui qui a initié en France un cinéma à l’américaine, ample et dynamique. Et l’auteur du « Cinquième élément » et de « Valérian » n’a pas attendu 2025 pour se lancer dans des productions SF ou fantastique onéreuses. Besson a toujours été une sorte de roi solitaire. Son « Dracula » sorti cet été souffre de la comparaison avec celui de Coppola mais on peut néanmoins apprécier l’inventivité de la mise en scène, des costumes, des chorégraphies (combats guerriers, bals divers), ainsi que l’implication sincère des jeunes comédiens dans l’histoire d’amour racontée.
« L’Homme qui rétrécit », remake réussi du classique de Jack Arnold, nous a étonné par la rigueur de sa réalisation (on a connu Jan Kounen moins… sobre), par la perfection des effets spéciaux, par son découpage hitchcockien qui épouse constamment le point de vue d’un personnage qui évalue avec appréhension le vide qui le sépare de tel ou tel lieu. Disons-le, le film a quasiment été réalisé comme un film muet, ce qui accentue son caractère universel et, étant donné le sujet, son caractère métaphysique. Une métaphysique quelque peu mélancolique que le compositeur Alexandre Desplat a bien saisie, lui qui signe ici un score « en chambre » magnifique, proche du Goldsmith du début des sixties et de la série « Twilight Zone ».
« Chien 51 » est un thriller d’anticipation sur un Paris dictatorial, soumis à une surveillance généralisée, via une IA gouvernementale. Deux flics solitaires vont se rebeller contre le système. Avouons-le : dans sa seconde moitié, le film s’essouffle péniblement à suivre les traces de « I, Robot » mais il serait injuste de négliger la virtuosité des scènes d’action de la première moitié, où des drones ultrarapides et meurtriers poursuivent les malheureux rebelles à travers rues nocturnes et immeubles étouffants. Sur ce plan, le film n’a pas à rougir de la comparaison avec ses homologues américains. Et il faut reconnaître que les scènes où l’IA policière élabore, en image 3D, des « scénarios » possibles pour telle ou telle scène de crime, sont inquiétantes de réalisme.
La qualité de tous les films cités est, on l’aura compris, essentiellement technique et c’est déjà beaucoup. Nous ne sommes plus au temps du « Terminus » mou du genou avec Johnny Halliday : nos cinéastes et nos techniciens savent désormais réaliser un film à l’américaine sans une once de ringardisme. Cependant le défaut principal de ces films vient précisément de cette qualité technique : elle n’a rien d’original. L’imitation du modèle américain est parfaite mais cela reste une imitation. Besson imite Coppola, Fargeat imite Brian Yusna, Jimenez imite Carpenter, Proyas et Bigelow, Kounen imite Hitchcock et Jack Arnold… Jean Cocteau disait que le poète, comme l’oiseau, doit chanter dans son arbre généalogique. Sans doute avait-il raison.
C’est pourquoi, peut-être, le meilleur film fantastique français de la saison restera pour nous… « Marcel et Monsieur Pagnol », le nouveau dessin animé de Sylvain Chomet. Car derrière l’hommage attendu et pittoresque à l’auteur provençal, il y a bel et bien un récit merveilleux au sens propre, où un écrivain en mal d’inspiration (le vieux Pagnol) est poursuivi par le fantôme de son enfance et finit par se perdre dans le tourbillon du Temps, comme chez Resnais. A ce postulat imaginaire s’ajoute la poésie propre à Chomet, basée sur les freaks et les marginaux titubant dans un passé délabré.
Malheureusement, n’étant pas une comédie franchouillarde ou une imitation brillante de blockbuster américain, le film de Chomet est, de tous les films cités ici, celui qui est le moins bien distribué dans nos salles. Il ne faudrait surtout pas que le public français soit mis en contact avec son vrai génie.
Claude Monnier
