
Par Claude Monnier : Metropolitan nous gâte avec ce coffret collector qui inaugure une vague HK de grande ampleur. Pour l’occasion, les quatre mousquetaires de HK Magazine (Christophe Gans, David Martinez, Leonard Haddad, Julien Carbon) se sont réunis pour évoquer leur fascination pour ce polar explosif de 1992, venant couronner la carrière hongkongaise de Woo, avant son départ pour les States. Le coffret reprend les bonus de l’édition DVD de 2002 (dont des analyses passionnantes de Gans et Nicolas Saada) et ajoute de nouvelles interviews de Woo et son équipe. Quant à la copie HD, elle est tout simplement éclatante et fait ressortir à merveille la tonalité bleutée/gris métal du film.
Comme l’indique son titre original, « Hard-Boiled » est fondé sur le principe de la condensation/explosion. Dès le premier plan, ce principe apparaît avec ce verre de Tequila Soda que Chow Yun-fat frappe violemment sur le comptoir pour faire jaillir les bulles. Pschiiiiiit ! Ces bulles qui tourbillonnent follement et se cognent sur les parois de verre, ce seront les innombrables combattants du film, flics ou truands, dont les méthodes se confondent. Les trois grandes scènes d’action structurant le récit reprennent ce principe de la condensation/explosion en élargissant à chaque fois l’échelle : d’abord la maison de thé (avec comme symboles d’enfermement la bouilloire et les cages aux oiseaux), puis l’entrepôt aux armes (avec comme symbole de bouillonnement les étincelles des soudeurs) et enfin l’hôpital (avec comme symboles les explosions répétées dans les couloirs étroits). Et ces trois séquences dantesques qui s’emboîtent sont elles-mêmes étouffées par l’enclave hongkongaise, qui est la cocotte-minute ultime. D’où le besoin de s’échapper vers le large pour le personnage de Tony Leung, flic infiltré qui est allé trop loin dans son exploration de la corruption. Escape from China…
Le spectateur non averti qui découvrirait le film pourrait trouver absurdes ces fusillades où les adversaires tirent pendant des minutes entières sans recharger leurs armes, mais ce que veut dénoncer Woo par ce style, c’est justement la folie meurtrière de ce monde, l’amour maladif des hommes pour les armes. A cet enfer des armes Woo oppose non seulement le petit enfant pur (image qu’il reprendra encore plus génialement dans « Volte-face ») mais également l’héroïne fleur-bleue – ou plutôt fleur blanche ! – qui semble dégoûtée, voire traumatisée, lorsque, pour la première et seule fois, elle doit abattre un adversaire.
Cependant, pourra-t-on dire, Woo le catholique, Woo le pacifique, n’est-il pas en contradiction avec lui-même en filmant amoureusement le moindre impact de balle, en magnifiant le brutal Philip Kwok (l’homme de main du méchant) et en sculptant un superbe écrin bleuté autour des meilleurs cascadeurs et artificiers de la planète ? Peut-être, mais cette folie artistique est sa manière à lui de « crever l’abcès » une bonne fois pour toutes, de se gifler lui-même en endossant les péchés de ses contemporains – et les siens propres – comme Chow Yun-fat à la fin du film.
