
Par Claude Monnier : Le blu-ray français de « Outsiders » sorti en 2013 était riche d’un point de vue éditorial, comme souvent avec Coppola (commentaire audio passionnant et bonus à foison), mais il avait un défaut majeur : il ne contenait que la version remaniée par le maître en 2005, appelée « The Outsiders : The Complete Novel ». Version qui rallonge l’introduction et la conclusion du récit, dans le but de donner plus de poids aux relations familiales entre Ponyboy/C. Thomas Howell, Sodapop/Rob Lowe et Darrel/Patrick Swayze. Version qui propose en outre un changement d’importance : la suppression de la partition symphonique de Carmine Coppola au profit de standards des fifties et des sixties, comme dans « American Graffiti ». OK. Pourquoi pas ? Mais encore fallait-il adjoindre, à cette édition française, la version cinéma de 1983, afin que celle-ci ne s’efface pas des mémoires ! C’est heureusement chose faite aujourd’hui, avec en plus quelques bonus sur la restauration du négatif en UHD, faite en compagnie du grand directeur photo Stephen H. Burum, désormais à la retraite.
De fait, cette nouvelle édition, en permettant la comparaison entre la version de 1983 et celle de 2005 (toutes deux dans de splendides copies), nous offre une fascinante leçon de montage. Ou comment l’ajout de quelques scènes et la suppression d’une musique symphonique peuvent radicalement changer la nature d’un film. Car il est clair que, pour intéressante qu’elle soit, cette version de 2005… est un véritable reniement. On pourrait presque dire un reniement freudien puisque Coppola fils supprime la présence de Coppola père ! En gros, c’est bien simple : la musique lyrique de Carmine Coppola rend le film poétique alors que les standards d’Elvis Presley le rendent tout bonnement réaliste. C’en est même étonnant : la photographie a beau être la même dans les deux versions, et notamment ces magnifiques plans d’aube et de crépuscule signés Stephen H. Burum, la suppression de la musique poétique de Carmine a pour effet de rendre le film… moins « solaire » et moins « doré » ! Ce qui est un contresens majeur par rapport au leitmotiv thématique du récit : « Stay gold, Ponyboy », « Reste d’or ». Par ailleurs, il y a dans la version de 1983 d’admirables effets de symétrie sur la beauté éphémère de la jeunesse (par exemple, même musique mystérieuse et mélancolique lorsque, sur fond d’arbres majestueux, en plan large et en contre-jour, Ponyboy discute avec Johnny/Ralph Macchio, puis lorsqu’il discute avec Cherry Valance/Diane Lane). Quant au montage plus elliptique de 1983, il avait l’avantage, non seulement d’aller à l’essentiel, par l’image, sans s’appesantir sur les dialogues, mais aussi de donner au grand flash-back de Ponyboy les allures d’un rêve étrange. Rêve dont il se « réveille » soudain après la mort de Dallas/Matt Dillon.

Ce rêve étrange, c’est la jeunesse. Un rêve qu’on garde en mémoire pour toujours…
S’il faut chérir et préserver le plus longtemps possible le regard doré de la jeunesse, alors il faut chérir et préserver le plus longtemps possible la version 1983 de « Outsiders ».
Claude Monnier
