
Contrairement à beaucoup, nous avions apprécié en ces pages le « Docteur Strange » de Sam Raimi (surtout sa seconde moitié, totalement maléfique et déchaînée), mais on peut comprendre que le cinéaste ait voulu « respirer » un peu avec un plus petit projet, en dehors du cadre créatif du studio Marvel.
« Send Help » est donc un survival en huis clos, une version déjantée de « Duel dans le Pacifique » de Boorman. Ou comment deux individus se font la guerre sur l’île sauvage où ils ont échoué. Ici en l’occurrence, il s’agit d’une employée exploitée (Rachel McAdams) et de son boss méprisant (Dylan O’Brien), qui se retrouvent coincés sur une île déserte à la suite d’un crash aérien. Et l’on devine évidemment que le rapport de force va s’inverser.
Raimi parvient à renouveler les clichés du genre par des accès de violence délirants et virtuoses dignes d’ »Evil Dead 2″ (le crash aérien, la chasse au sanglier, les divers combats entre l’homme et la femme), avec force gore et caméra en looping. A l’évidence, le cinéaste vieillissant a voulu revenir à ses premières amours… mais c’est précisément là que le bât blesse : en tant que grand cinéaste, il aurait dû transcender le genre du survival et en faire « quelque chose de plus », au même titre que Boorman ou, plus proche de sa génération, McTiernan, lorsque ce dernier s’empara magistralement de « Predator ». Autrement dit, Boorman et McTiernan, en partant de la même base « simpliste » que Raimi, exploraient peu à peu des terres philosophiques, s’interrogeant avec intelligence sur l’Autre. En s’épuisant mutuellement, et en se regardant en miroir, les adversaires finissaient par s’estimer. Mais Raimi (ATTENTION SPOILERS) rejette toute noblesse : le jeune patron méprisant reste une ordure du début à la fin et l’héroïne exploitée se révèle être, depuis le départ, une cinglée digne de Kathy Bates !
Cette misanthropie caricaturale est évidemment drôle, rejoignant l’esprit d’ »Evil Dead », mais comme entretemps, avec « Mort ou vif », Raimi avait prouvé qu’on pouvait allier caricature ET noblesse, on ne peut s’empêcher d’être un peu déçu. Ajoutons que si Rachel McAdams est excellente, Dylan O’Brien est assez anodin, ce qui déséquilibre le duel et rajoute à l’impression de film mineur. Heureusement, le génie filmique de Raimi est toujours présent. C’est déjà ça.
Claude Monnier
