« The Killer » revient en coffret collector 4K

Par Claude Monnier : Metropolitan continue son formidable cycle HK avec « The Killer » (1989), le film le plus emblématique de John Woo. Au menu de cette édition luxueuse : la copie restaurée 4K en blu-ray UHD et en blu-ray simple, un livret de Nicolas Rioult, un poster, un jeu de photos, plus le disque bonus, contenant d’anciennes et de nouvelles interviews du cinéaste et son équipe. Parmi les nouveaux bonus, nous retrouvons les quatre éclaireurs-pionniers de HK Magazine (Christophe Gans, Leonard Haddad, Julien Carbon, David Martinez), qui nous expliquent, non sans émotion, leur véritable fascination pour « The Killer », Gans avouant même perdre toute faculté d’analyse devant le film, ce qui, dit-il, ne lui arrive jamais !

C’est que « The Killer », contrairement à son image publicitaire tapageuse (du Sam Peckinpah sous amphétamines), est un film qui s’installe d’emblée dans l’être et y reste pendant deux heures. Ce qui compte pour John Woo en effet, ce n’est pas la violence délirante, qu’il maîtrise de toutes façons avec génie, mais les personnages et leurs interprètes, tous absolument superbes. Des personnages qui se regardent avec mélancolie, même – et surtout – au milieu des massacres. Mais y a-t-il vraiment « des personnages » ? Le film nous place du début à la fin dans la tête d’un tueur à gages (Chow Yun-Fat) qui se sait condamné par ses crimes, un tueur à la recherche d’une impossible rédemption. Dans sa rêverie mélancolique, il cherche à comprendre sa vie et se projette sur tout ce qu’il regarde. Au fond, il n’y a ici qu’un seul personnage et le film présente les multiples reflets de son être : ce qu’il est, ce qu’il aurait pu être, ce qu’il pourrait devenir, ce à quoi il aspire. Ce qu’il est : un tueur pétri de mauvaise conscience. Ce qu’il aurait pu être : un justicier intègre (Danny Lee)
ou un homme de main cruel (Shing Fui-On et/ou ses sbires). Ce qu’il pourrait devenir : un tueur vieillissant et dépressif (Chu Kong). Ce à quoi il aspire : l’Idéal, qui prend ici la forme d’une femme pure et douce dont il est amoureux (Sally Yeh).

Ces multiples reflets sont en gravitation autour de cet Idéal, l’Innocence, astre aveuglant et aveuglé. Et cette gravitation de petites planètes dérisoires autour d’un astre donne à l’écran de multiples ballets circulaires. Des combats tournoyants, à deux, à trois, à cent. Les multiples facettes du héros se réfléchissent… et nous font réfléchir sur nous-mêmes. « The Killer » devient ainsi un kaléidoscope de plus de 3000 plans, de deux secondes en moyenne. Plans très brefs, et pourtant tous plus clairs et foudroyants les uns que les autres, que ce soit en termes spatial ou philosophique. Là est le génie de l’œuvre.

Ce kaléidoscope de reflets/miroirs est aussi le signe d’une schizophrénie (les multiples personnalités d’un homme s’affrontent) et ne peut finir qu’en éclat violent à chaque séquence. Soit l’Apocalypse selon Woo, cinéaste éminemment catholique, avec comme point d’orgue l’explosion blasphématoire de la Vierge dans la petite église, au son déchirant du « Messie » de Haendel.

Symbole ultime de ce que les hommes se font, depuis toujours. 

Claude Monnier

Laisser un commentaire