A bas les séries, vive le cinéma !

Par Claude Monnier : Complètement d’accord avec le tweet posté il y a quelques jours par le journaliste Guillaume Durand, à propos de la folie des séries : «  Plus les gens m’abreuvent de leurs addictions admiratives aux séries, plus je leur conseille de relire Hamlet ou de s’intéresser à Manet. Comment peut-on utiliser son seul temps libre à ingurgiter Le Bureau des légendes ?« 

Sans aller jusqu’à vous obliger à lire ou relire Hamlet le soir (et pourquoi pas, du reste ? essayez, vous verrez, c’est génial), ce qui compte est ce qu’implique le propos de Durand : retrouver la vraie valeur des choses, arrêter de se laisser dominer par l’effet de mode, car une série, ce n’est que ça. En voulez-vous la preuve ? Dites à vos amis ou collègues, aujourd’hui même, que vous venez d’acheter l’intégrale de Lost et vous ne verrez qu’indifférence et incompréhension. Et pourtant, tout le monde ne jurait que par Lost il y a quelques années. C’était la série « géniale » à voir, c’était le « bijou » à ne pas rater. Remplacez Lost par Docteur House, Desperate Housewives, Les Sopranos, Prison Break, Game of Thrones ou même X-Files et vous aurez la même réaction.

Il ne s’agit pas évidemment de nier la qualité d’écriture et d’interprétation de ces séries, ni surtout le plaisir immédiat qu’elles procurent (tension, suspense, rire, attachement pour les personnages, tout ce que ne procurent plus les blockbusters actuels), mais de les remettre à leur place, de ne pas jurer que par cela. Certes, je sais bien que le public, depuis toujours, aime la nouveauté et que les séries, par leur incroyable variété et leur cadence de sortie absolument effarante, ont battu le cinéma sur ce plan. Je sais bien aussi que si vous dites à vos amis ou collègues, aujourd’hui même, que vous venez d’acheter l’édition collector de 2001 : l’Odyssée de l’espace ou de Lawrence d’Arabie, leur regard sera au moins aussi consterné devant ces « choses du passé » que devant votre admiration « décalée » pour Lost. Le débat ne se place donc pas sur le plan de la nouveauté mais bien, merci monsieur Durand, sur le plan de la valeur absolue, sur le plan de la forme artistique.

J’affirme haut et fort qu’aucune de ces innombrables séries ne vaut un classique du cinéma et je ne vois pas pourquoi les gens, le soir ou le week-end, plutôt que d’organiser des marathons boulimiques de The Crown ou que sais-je, ne regarderaient pas plutôt La Dame du vendredi, Mr Smith au Sénat, La Soif du mal, La Prisonnière du désert, Vertigo, 2001 : l’Odyssée de l’espace, Lawrence d’Arabie, Il était une fois dans l’Ouest, Chinatown, Les Incorruptibles, Lincoln, ou autres chefs-d’œuvre du cinéma commercial. Car oui, en effet, les films cités n’ont jamais prétendu être Hamlet et n’ont rien de prétentieux ou d’élitiste : ce sont bien eux-aussi des divertissements, au même titre que les séries, mais ils sont en même temps des évidences d’art, des œuvres de metteur en scène, des œuvres d’artistes.

Artiste, metteur en scène… Les mots, comme les fauves, sont lâchés. Vous le connaissez, vous le metteur en scène de Game of Thrones ? Docteur House ? The Crown ? Les Sopranos ? Prison Break ? Mais on s’en fiche, me direz-vous ! Eh bien oui, tout est là : à part exception, les séries sont le règne de l’informe et de l’impersonnalité. Par son étirement dans le temps, la forme d’une série, si tant est qu’elle en ait une, ne peut que se distendre, se diluer. C’est ce que j’appelle l’informe. Tout l’opposé d’un film ou d’une œuvre d’art en général (tableau, sculpture, monument, symphonie, concerto, pièce de théâtre, grand roman, etc.), dont le propre est d’être un bloc, un segment en porte-à faux avec la Nature, une démonstration fulgurante et achevée du génie humain. Une série, qui repose non pas sur la forme mais sur l’intrigue et l’addiction à cette intrigue, ne peut que s’étendre, tel un élastique, jusqu’à finir, évidemment, par lasser son public. En outre, comme le suggère Durand, il faut vraiment avoir le temps de perdre son temps…

Mais alors pourquoi, en 2017, comme beaucoup de cinéphiles, ai-je mis une série, Twin Peaks 3, en tête des meilleurs films ? C’est la fameuse exception dont je parlais, et qui confirme la règle ; mais c’est aussi, tout simplement, parce que Twin Peaks 3 n’est pas vraiment une série mais bien un film de 18h avec un grand artiste à la barre : David Lynch. Twin Peaks 3, c’est tous les films que Lynch n’a pas pu faire entre 2007 et 2017, après la crise artistique de Inland EMPIRE.

Oubliez donc ces satanées intrigues à rallonge, ces spectacles informes, interchangeables, et laissez-vous envoûter par la personnalité unique d’un artiste, par sa philosophie de la vie. Le plaisir est beaucoup plus fin et il y a beaucoup plus à apprendre.

Claude Monnier

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