A Couteaux Tirés : My Name is Blanc, Benoit Blanc.

Par Claude Monnier : En attendant de revoir Daniel Craig dans le rôle de Bond, A couteaux tirés (Knives Out), de Rian Johnson, nous permet de découvrir Bond dans le rôle de Blanc. Pour ceux qui, comme moi, l’ont malencontreusement raté en salle fin 2019, A couteaux tirés est une très bonne comédie thriller à la Agatha Christie, où Craig joue une sorte d’Hercule Poirot sudiste, enquêtant sur la mort violente d’un célèbre et richissime romancier, Harlan Thrombey (le regretté Christopher Plummer, dans son avant-dernier rôle). Le film, qui prend place dans un domaine gothique du Connecticut, réunit un impressionnant casting de vedettes jouant les suspects, comme c’est la tradition du genre : Ana de Armas, Chris Evans, Jamie Lee Curtis, Michael Shannon, Toni Colette, Don Johnson.

Sans être une avancée décisive dans le genre, A couteaux tirés m’a permis au moins de répondre clairement à trois questions qui me turlupinaient depuis quelques temps :

Première question : comment Daniel Craig va-t-il négocier l’après-James Bond ? Cette période de l’après-James Bond, on le sait, est une période critique pour ses interprètes, au moins sur le plan du box-office : elle a donné du fil à retordre au grand Sean Connery (il a presque mis dix ans à s’en remettre), elle a été fatale à George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton et Pierce Brosnan, qui n’ont jamais retrouvé un statut de star. Pour beaucoup de Bond girls ou de Bond boys, la franchise 007 a été le plus beau des cadeaux empoisonnés. Que voulez-vous ? comme pour les vedettes de Star Wars, c’est la revanche des mythes… Rien n’est évidemment joué pour Craig, mais le succès planétaire d’A couteaux tirés, où il change habilement de registre, pourrait lui donner l’opportunité d’une nouvelle franchise : en effet, Craig ayant beaucoup plu au public dans ce rôle de gentlemen sudiste légèrement excentrique, Rian Johnson prépare déjà un nouvel épisode des enquêtes de Benoit Blanc, épisode qui pourrait bien avoir un plus grand succès encore, étant donné le bouche-à-oreille favorable autour du « premier épisode » et son succès confirmé en vidéo (en France chez Metropolitan Filmexport). Soit dit en passant, il est étonnant de voir comment Craig, tout en gardant la même tête « poutinienne » que dans 007 SPECTRE, arrive à faire oublier Bond en un clin d’œil : il suffit d’un costume confortable, presque pantouflard, d’un léger accent sudiste, d’un air un peu dépassé par les événements et le tour est joué !

Deuxième question : Rian Johnson est-il encore capable, après le foutraque Star Wars 8, de raconter une histoire cohérente ? Rappelons en effet que Johnson était le scénariste de cet épisode bien nommé qui faisait justement le grand huit, c’est-à-dire qu’il partait régulièrement en vrille. Alors ? Réponse ?… Eh bien, oui, ouf ! Rien… pardon, Rian est capable de nous captiver, pour peu, bien sûr, que l’on soit sensible à ce type d’intrigue criminelle savamment alambiquée et délibérément bavarde. Vous me direz méchamment qu’un Rian m’amuse… Remarquons que, se posant en « auteur complet » (puisqu’il signe ici encore le scénario et qu’il crée de plus son propre univers), le riant Johnson continue de nous asséner à gros sabots son message anti-bourge de bobo bon teint. Heureusement, « l’excentricité » de ce jeune cinéaste (grand angle permanent, montage ludique) est ici « canalisée » et rendue cohérente, en quelque sorte, par le milieu social où il opère : une famille justement excentrique de snobs en mal d’héritage ; famille qu’il ridiculise tel un mauvais garnement de la pellicule. Attendons la suite, donc…

Troisième et dernière question, d’ordre plus général : qu’est-ce qui différencie un film d’un téléfilm ? En effet, l’intrigue d’A couteaux tirés a tout pour faire un bon « téléfilm M6 du mardi après-midi » (cela dit sans péjoration) et pourtant l’ensemble fait indéniablement « cinéma ». Est-ce dû au casting de vedettes qu’un traditionnel téléfilm ne pourrait pas s’offrir ? Non, car il y a, nous le savons, de nombreux téléfilms (ou mini-séries) qui possèdent un casting quatre étoiles… et qui font tout de même « téléfilm ». Donc, ce n’est pas vraiment le casting prestigieux qui fait la différence. Alors, justement, cette différence, où est-elle ? Qu’est-ce qui distingue A couteaux tirés d’un téléfilm ? Réponse : c’est sa mise en scène, son inventivité, son soin dans les éclairages, ses angles variés de caméra, fuyant le simple enregistrement, son montage signifiant, son ambiance sonore approfondie et élaborée, sa musique originale. Un téléfilm, en effet, est tourné dans des délais serrés et le réalisateur n’a ni le temps ni les moyens de multiplier les prises ou de faire une mise en scène recherchée ; et il a encore moins le temps et les moyens de fignoler le tout en post-production. Ainsi, bon ou mauvais, un film a plus d’« épaisseur formelle » qu’un téléfilm, il commence à ressembler à ce fameux « bloc artistique » dont je parlais dans un article précédent, en opposition à « l’informe » des séries. Vous pourriez me rétorquer : et le fameux Duel (1971)de Steven Spielberg ? N’est-il pas à l’origine un téléfilm du vendredi soir ? Certes, mais Duel est la glorieuse exception qui confirme la règle : c’est du jamais-vu sur un écran (alors qu’un téléfilm de prestige est essentiellement du recyclage, avec souvent des vedettes sur le retour), une action constante et grandiose filmée avec variété, originalité, inventivité, audace… Du reste, quand on apprend que le jeune Spielberg (25 ans, comme Welles au moment de Citizen Kane), a filmé ces milliers de plans complexes, survoltés et superbes en seulement… quinze jours (!), toute distinction film/téléfilm s’évanouit, nous tombons, presque angoissés, dans une sorte de quatrième dimension, celle du génie pur, celle du Cinéma à son sommet.

Une dimension que recherche désespérément tous les jeunes (et moins jeunes) réalisateurs du monde entier, à l’image de Rian Johnson. Souhaitons-leur de réussir mais ne nous leurrons pas : il n’y a qu’un Welles ou qu’un Spielberg par demi-siècle…

Claude Monnier

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