PEGGY SUE S’EST MARIEE : Coppola à la recherche du temps perdu

Par Claude Monnier : Peggy Sue s’est mariée vient de ressortir en blu-ray chez Carlotta et nous permet de nous plonger dans le passé. Mais avant toute chose, voici quelques repères chronologiques :

1913 : un chercheur français, du nom de Marcel Proust, parvient à abolir le temps en se plongeant en lui-même ; il relate cette expérience scientifique dans un ouvrage intitulé, un peu trop poétiquement certes, A la recherche du temps perdu. Signalons que cet ouvrage fait toujours autorité sur la question (1).

1915 : le physicien Albert Einstein prouve à son tour, mais avec deux ans de retard par rapport à M. Proust, que le Temps est relatif.

1977 : Richard Matheson, un disciple méconnu de M. Proust, prouve par A + B qu’un homme peut voyager dans le temps sans machine, contrairement à ce que prédisait, à la fin du XIXe siècle, un pseudo-scientifique du nom de H.G. Wells. Il faut noter cependant que pour cette recherche sur le voyage temporel sans machine, Matheson a été devancé par un certain Fernandel (drôle de nom pour un chercheur) en 1937. Le titre de la thèse de Matheson est Le Jeune Homme, la Mort et le temps ; titre un peu pompeux, convenons-en, mais qui s’éclaircit lorsqu’on regarde le film qui a été tiré de cette expérience véridique.

1985, donc : Francis Coppola, le célèbre réalisateur féru de science et de technologie, décide de faire le point sur toutes ces expériences temporelles en filmant une femme de 1985 soudain projetée en 1960 (c’est un peu comme nous si nous étions projetés de l’année 2021 à l’année 1996 : imaginez le décalage). Son expérience à lui s’appelle Peggy Sue s’est mariée, titre là encore peu scientifique, mais il faut faire avec.

S’il ne fait pas partie de ses dispositifs expérimentaux les plus spectaculaires (Le Parrain 2 et sa combinaison de deux temporalités différentes ; Apocalypse Now et son récit circulaire ; Rusty James et ses jeunes cobayes en aquarium qui voient le Temps en accéléré), Peggy Sue s’est mariée est tout de même un Coppola qui reste en mémoire, de manière quasiment obsessionnelle. S’il n’est pas filmé en relief 3D comme Captain Eo (une autre expérience effectuée quelques mois plus tôt par Coppola, sur un patient androgyne), Peggy Sue est bel et bien en trois dimensions, chaque dimension apportant son lot d’émerveillement :

1) La première dimension, la plus évidente, est la dimension comique : Coppola établit sans cesse un décalage entre Peggy Sue ayant son vécu d’adulte et Peggy Sue perçue comme une adolescente par les autres ; ce décalage perpétuel crée des situations réellement drôles tout au long du film (mentionnons ici le génie lumineux de l’interprète féminine qui s’est prêtée à l’expérience : Kathleen Turner ; son audace a inspiré une française du nom de Noémie Lvosky, qui a tenté de l’imiter en 2012).

2) La deuxième dimension est celle de l’Histoire (et de sa consœur la Mémoire) : Coppola nous ouvre les portes de l’année 1960, il nous permet d’étudier les mœurs américaines de cette époque, de manière plus posée que dans Retour vers le futur (autre expérience temporelle effectuée à la même époque), et donc de nous demander avec curiosité : mais qu’est-ce qui a foiré depuis ? Vaste question.

3) La troisième dimension, celle de la profondeur, est ce qu’on pourrait appeler la dimension « proustienne » (pardonnez ce néologisme un peu barbare, tiré évidemment du nom du chercheur ; voir plus haut) : en plongeant dans le passé et en savourant pleinement l’essence des choses, comme M. Proust nous l’a appris à le faire (et même si nous oublions fréquemment sa leçon), Peggy Sue comprend mieux le sens de son existence, apprécie mieux ceux qui l’entourent, et notamment ses grands-parents qu’elle avait un peu négligés du temps de sa prime adolescence, ignorant que leur mort était proche. Peggy Sue, américaine un peu superficielle, comprend dès lors la fragilité du crépuscule et devient philosophe.

Conclusion : on murmure, dans les cercles autorisés, que Coppola et ses assistants-scénaristes auraient volé quelques idées à un certain Rod Serling, un autre chercheur en avance sur son temps, qui pour sa part aurait dépassé ces trois dimensions (insistons sur le conditionnel) pour accéder à une quatrième, précisément l’année où se déroule Peggy Sue : en 1960. Mais ces assertions un peu douteuses restent à vérifier.

(1) On prétend que ce monsieur Proust a retrouvé le temps perdu au cours de l’année 1927, c’est-à-dire après sa mort. Curieux.

Claude Monnier

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