Boss Level

Par FAL : Dans un bonus du Blu-ray qui sort cette semaine chez Metropolitan, Mel Gibson, qui joue le rôle du méchant, explique que Boss Level est un hommage au film d’Harold Ramis Un jour sans fin. On a envie de lui répondre que le terme remake serait sans doute plus approprié, puisque l’intrigue tourne là aussi autour d’un héros qui se réveille chaque matin pour revivre la journée qu’il a vécue la veille, et qui s’applique à trouver le moyen d’échapper à cette boucle temporelle en s’appuyant sur l’expérience que ce replay infernal lui permet d’acquérir.

Cependant, quand on y réfléchit, si Un jour sans fin est la première référence qui vient à l’esprit, ce n’est peut-être pas tant à cause de l’originalité que de la perfection de son scénario, lequel n’est au fond qu’une métaphore, à différents niveaux, du cinéma : le héros est dans la situation du réalisateur qui dit : « On la refait ! » quand une prise ne le satisfait pas, ou qui, comme Woody Allen, décide de retourner certaines scènes, voire l’intégralité de son film, après une première phase de tournage, ou qui, comme un Coppola, peut revoir et corriger périodiquement son montage, ou encore qui doit livrer un remake autant que faire se peut meilleur que l’original. Bref, le cinéma n’avait pas attendu l’explosion des jeux vidéo pour faire de « Play it again, Sam » l’un de ses principes favoris, et Un jour sans fin n’était qu’un passage à l’extrême de ce principe ouvertement ou potentiellement présent dans tout film jouant sur un paradoxe temporel. Dans tous les cas, il s’agit de réécrire l’histoire, voire l’Histoire. Le dernier acte de Retour vers le futur 2 venait ainsi corriger les « erreurs » de Retour vers le futur 1 ; la dernière séquence du Superman de Richard Donner, où l’on voyait Superman faire tourner la terre « en sens inverse », venait rectifier le désastre de l’avant-dernière séquence. Ajoutons, brièvement et en vrac – car la liste risquerait d’être interminable –, Edge of Tomorrow évidemment, le tout récent Palm Springs, ou encore TimeCop, ou encore C’était demain…de Nicholas Meyer, ou encore un film franco-belge de Jean Portalé sorti en 1980 et aujourd’hui assez injustement oublié, 5% de risque. Et que sont Inglourious Basterds ou Il était une fois à Hollywood sinon des remakes d’une réalité que Tarantino ne se donne pas la peine de rappeler puisqu’elle est connue de tout le monde ? Erase and rewind ont toujours été les deux mamelles du cinématographe ; elles n’ont fait que croître et embellir avec la liberté offerte par le numérique, ce qui, soit dit en passant, ne va pas sans un certain danger (voir sur YouTube ce court métrage de Chaplin où Charlot a les traits de Stallone et son adversaire ceux de Schwarzenegger : le résultat est fascinant, mais aussi un brin dérangeant).

Écrit et réalisé par Joe Carnahan (précédemment responsable d’une très fade et très ennuyeuse adaptation cinématographique de la série L’Agence tous risques), Boss Level ne saurait prétendre renouveler de fond en comble un genre maintes fois exploré, mais cette « variation sur le même thème » se distingue très nettement d’Un jour sans fin par sa tonalité. La situation d’un héros condamné à revivre la même chose jour après jour n’est pas sans rappeler la définition du comique donnée par Bergson, du mécanique plaqué sur du vivant, mais nous nous trouvons cette fois-ci, nonobstant plusieurs séquences extrêmement drôles, face à ce qu’il convient d’appeler un film noir. Parce que le héros (interprété par Frank Grillo) n’est pas condamné à revivre indéfiniment la même journée, mais, si l’on peut dire, à la « remourir » indéfiniment. Chaque jour, il doit affronter, et ce dès son réveil, une série de tueurs chargés de l’éliminer pour des raisons qu’il ignore, mais dont il découvre peu à peu qu’elles sont liées aux recherches scientifiques de son ex-femme (Naomi Watts) – femme idéale (et qu’il aime toujours, cela va sans dire), mais manipulée par l’odieux Mel Gibson dont la folie pourrait entraîner la destruction de toute la planète Terre. Il y a, évidemment, du mcguffin dans l’air, mais la force de Boss Level est la manière dont s’y entremêlent comédie et tragédie : la leçon de piano d’Un jour sans fin est ainsi remplacée par un cours d’escrime (dans lequel le professeur n’est autre que Michelle Yeoh).

Les amateurs de réalisme sont donc priés de passer leur chemin, mais au-delà des jeux vidéo et des illusions du cinéma, Boss Level pose la question très américaine, mais très humaine aussi, de la possibilité d’une rédemption ici-bas. Churchill, dont la mère était américaine, nous invitait à voir derrière chaque calamité une chance. C’est ce que fait le héros de Boss Level lorsqu’il comprend que l’hélicoptère lance-roquettes qui chaque jour le poursuit de ses fatales assiduités est en fait la meilleure carte dont il dispose pour assurer son salut et celui de son épouse. Rares sont les films offrant des twists de cette qualité.

Quant au dénouement, il n’est pas forcément aussi heureux qu’on pourrait l’imaginer, mais il réjouira les lecteurs de saint Augustin qui savent que, dans certaines circonstances, il faut savoir « mourir pour ne pas mourir ».

Frédéric Albert Lévy

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