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Par FAL : Nicolas Rioult a déjà défendu comme il convenait Wonder Woman 1984 dans les pages de ce blog, mais les quelques lignes qui suivent visent à comprendre pourquoi ce film, qui n’est certes pas parfait, mais qui ne fait de mal à personne, a récolté et récolte encore des tombereaux de critiques hargneuses et méprisantes sur un très grand nombre de sites.

Qui ne fait de mal à personne ? C’est peut-être vite dit. Ce qui, au fond, doit mettre beaucoup de spectateurs mal à l’aise, c’est que tout, dans cette histoire, tourne autour du thème de la frustration.

Première séquence : nous voyons Wonder pas encore Woman (puisque, dans ce prélude, elle doit avoir royalement neuf ou dix ans) participer à une compétition sportive. Tout indique qu’elle va gagner, mais une malencontreuse chute de cheval l’amène à contourner à un moment donné les règles du jeu. Pour cela, la victoire lui est retirée alors qu’elle est à deux doigts du but. Peu importe si on peut lui trouver des circonstances atténuantes. La loi, c’est la loi. Et la loi, c’est ici celle de la réalité.

Rien de bien bouleversant jusque-là si ce n’est que c’est aussi le spectateur qui en prend plein les dents. Car est-il besoin de préciser que les exploits sportifs de Wonder Girl et des autres concurrentes pendant ce premier quart d’heure sont le plus souvent parfaitement invraisemblables et sont donc en fait le produit d’effets spéciaux ? Cette défaite de la jeune héroïne vient nous dire que, si l’une des fonctions majeures du cinéma est de nous faire rêver, nous ne devons pas être pour autant totalement dupes et oublier les limites imposées par ce qu’il convient d’appeler, redisons-le, la réalité.

Cut – Wonder Woman à l’âge adulte. Et seconde frustration. Elle a traversé plusieurs décennies sans prendre une ride ? Ne protestons pas : il faut bien, par définition, qu’elle soit wonderful, qu’elle ait des superpouvoirs. Elle ressuscite son amant défunt ? Nous sommes là encore trop heureux de croire à ce miracle. Qui n’a pas rêvé de faire revenir d’entre les morts un être cher ? D’entre les morts, c’est même le titre original du roman de Boileau-Narcejac qui a inspiré le film Sueurs froides, que beaucoup considèrent comme l’un des meilleurs d’Hitchcock. Et ici, comme dans Sueurs froides justement, la résurrection de l’être cher est temporaire. Simplement, si, chez Hitch, le miracle s’ écroule du fait d’une explication rationnelle (ce n’était qu’un faux miracle, qu’une mise en scène), ici l’amant ressuscité disparaît comme il était (re)venu. Comme ça. Sans raison. Juste une ligne de dialogue, qui dit en substance : « Tu sais bien que ma place n’est pas ici », et il s’en va. Qu’en déduire, mon cher Watson, sinon que cette résurrection a peut-être, très certainement même, été d’un bout à l’autre un fantasme ? Fantasme encouragé par la présence d’un garçon existant réellement et ressemblant un peu à l’être disparu, mais fantasme quand même – analogue à ces hallucinations qui, dans L’Éducation sentimentale, font croire à Frédéric Moreau que chaque femme rencontrée dans la rue n’est autre que l’inaccessible Mme Arnoux.

Troisième et dernière étape : la frustration planétaire. Admettons que, à la suite d’on ne sait quel coup de baguette magique, chaque homme en ce bas monde dispose du pouvoir de réaliser son vœu le plus cher. Au bout de cinq minutes, la situation deviendrait invivable, les vœux des uns étant incompatibles avec les vœux des autres, et parce que la liberté de chacun doit s’arrêter là où commence celle d’autrui. Morale stoïcienne, donc, s’adressant à tout individu ; avant de prétendre changer l’ordre du monde, il convient de se changer soi-même. De ne pas faire ce que l’on veut, mais de vouloir ce que l’on fait. La seule marge de liberté dont nous disposions consiste à interpréter le mieux possible le rôle qui nous est déjà attribué. Sous ses allures d’entertainment movie, WW84 est donc une condamnation sans appel de l’esprit yuppie des années quatre-vingt et de ces leaders populistes qui, aujourd’hui, promettent la semaine de douze heures et la retraite à vingt-cinq ans pour tout le monde, et du pain et des jeux.

Évidemment, ce message ne saurait plaire à tout le monde, puisque la sagesse – car c’est bien de cela qu’il s’agit – consiste à se fixer des limites. Effort hors de portée pour de nombreux critiques qui, sans être nécessairement des eunuques (puisque c’est ainsi que les définit Montesquieu), ne peuvent s’empêcher de rêver qu’ils auraient su, eux, s’affranchir des contraintes que tout malheureux réalisateur doit prendre en compte, puisqu’un réalisateur, comme son nom l’indique, est un artisan qui ne saurait faire fi de la réalité.

Frédéric Albert Lévy

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