Michael Cimino, God Bless America de Jean-Baptiste Thoret

Par Claude Monnier :  Diffusé en ce moment sur le site d’Arte, Michael Cimino, God Bless America est le nouveau documentaire de Jean-Baptiste Thoret, ex-critique de cinéma qui a fait ses débuts, rappelons-le, à Starfix Nouvelle Génération. Plus encore peut-être que We Blew It et Dario Argento : soupirs dans un corridor lointain, ses précédents documentaires, Michael Cimino, God Bless America a quelque chose d’intime.

Grand admirateur de Cimino, Thoret avait rencontré son idole en février 2010 pour le compte des Cahiers du cinéma ; ensemble ils étaient partis sur les routes de l’Ouest. A l’arrivée, il y eut un joli dossier dans les Cahiers, doublé d’un livre qui en fut le prolongement en 2016 (Michael Cimino, les voix perdues de l’Amérique, chez Flammarion). A la sortie du livre, Cimino renia le travail de Thoret car il n’avait pas eu, semble-t-il, droit de regard avant publication. J’imagine que Cimino et Thoret furent dès lors « en froid ». Puis Cimino est mort en 2016, dans la solitude. C’est sans doute ce décès triste et prématuré qui a poussé Thoret à repartir en Amérique il y a quelques mois et à repasser sur les mêmes routes parcourues en 2010. Repasser sur les mêmes routes, sans Cimino hélas, mais cette fois avec une caméra.

L’avantage de Michael Cimino, God Bless America est double : d’abord rendre hommage à un cinéaste un peu négligé aujourd’hui et permettre ainsi au spectateur d’Arte, qui ne connaîtrait pas bien sa carrière, d’en avoir un aperçu très clair en cinquante minutes (ses films sont tous passés en revue chronologiquement, à l’exception du Sicilien, on ne sait pas trop pourquoi d’ailleurs) ; ensuite poursuivre une quête personnelle en ce qui concerne Thoret.

Jean-Baptiste Thoret

Ce dernier, comme Cimino, est obsédé en effet par le rêve américain, ses échecs et ses fantômes. Tout son film est construit justement sur le vide, le regret et la hantise. C’est pourquoi le travelling avant subjectif est la figure privilégiée de ce « road movie » : on voit ce que voit Thoret depuis sa voiture. Mais on ne voit pas Thoret. Sans doute parce que Cimino devrait être à côté de lui mais qu’il n’y est pas. Pas de contrechamp possible donc, pour le fan en deuil, juste la fuite en avant.

Par ailleurs, Thoret filme en Panavision. Ce format n’est pas seulement là pour imiter le cinémascope des films de Cimino (similitude appuyée par l’enchaînement régulier, sous le même angle, entre les lieux filmés autrefois par Cimino et les lieux filmés aujourd’hui par Thoret), il accuse le vide incroyable du paysage américain. Un paysage qui semble trop grand pour sa population. Ce vide lugubre, presque funèbre, c’est celui laissé par les Indiens, c’est celui laissé par Cimino. Cimino voulait d’ailleurs consacrer un film aux Indiens, Conquered Horse. En quelque sorte des fantômes filmés par un fantôme. Par sa musique mélancolique à la Eastwood (qu’il a composée lui-même) et son montage d’images vides, Thoret le montre bien : Cimino était déjà décalé de son vivant, tel Gatsby.

Les intervenants prestigieux qui ont accepté de se confier à Thoret (Quentin Tarantino, en tant que fan ; Oliver Stone et James Toback, en tant que collaborateurs) dressent bien, par leur propos nostalgiques et profonds, le portrait d’un Cimino fitzgéraldien.

Comme l’Amérique, Cimino avait en lui de la grandeur. Et comme pour l’Amérique, cette grandeur disparut en chemin.

Claude Monnier

Le documentaire est visible sur la plateforme Arte.tv ici :

https://www.arte.tv/fr/videos/092129-000-A/michael-cimino-god-bless-america/

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