Kate

Par FAL : Les uns diront que Kate, une production Netflix only visible depuis quelques jours, est un remake ; les autres – mieux intentionnés – expliqueront que c’est une variation sur un thème qui n’est rien d’autre qu’une métaphore de l’existence humaine et qui, de ce fait, a déjà été très souvent traité au cinéma, mais toute la question est de savoir si cette nouvelle variation est une variation vraiment nouvelle.

Les plus jeunes ont vu Hypertension avec Jason Statham. Les moins jeunes se souviennent de D.O.A., en français Mort à l’arrivée, avec Edmond O’Brien dans la version 1949, ou avec Dennis Quaid dans la version 1988. Les ancêtres centenaires évoqueront Der Mann, der seinen Mörder sucht (L’Homme qui cherche son assassin) de Robert Siodmak (1931). Le scénario de Kate reprend exactement le même principe : un individu découvre qu’il a été empoisonné et qu’il n’a plus que vingt-quatre heures à vivre ; il va donc consacrer ces dernières vingt-quatre heures à découvrir par qui et pourquoi il a été empoisonné. La différence ici, c’est que Kate pourrait s’appeler, non pas Mort à l’arrivée, mais Morte à l’arrivée, puisque le candidat est une candidate (interprétée par Mary Elizabeth Winstead, vue dans Die Hard 4 et dans la série Fargo).

L’autre nouveauté, c’est l’abondance des effets spéciaux et des cascades. Kate fait partie de ces films où le générique final, plus long que n’importe quel discours de Bossuet, dure une bonne dizaine de minutes. L’actionse déroulant au Japon, disons, pour aller vite, que l’esthétique générale n’est pas sans rappeler celle, déjà nipponisante, de Blade Runner (le vrai) ou – référence moins noble – celle de Fast & Furious : Tokyo Drift.

Or donc, Kate est une exécutrice du genre « la femme Nikita » qui a toujours exécuté sans la moindre bavure les missions que l’organisation pour laquelle elle travaille lui a confiées. Mais arrive le jour où elle voudrait bien raccrocher, d’autant plus que la « cible » de sa dernière mission avait à ses côtés une enfant, cas de figure normalement exclu de son cahier des charges. Et voilà donc que, quelques jours après avoir exprimé à son chef son désir de prendre sa retraite, elle découvre qu’elle vient d’être empoisonnée au polonium. Il n’y a, évidemment, point d’antidote. À vrai dire, si elle était un peu plus cinéphile, il ne lui faudrait pas vingt-quatre heures, mais cinq minutes tout au plus pour identifier le coupable : ne sait-elle pas que, lorsqu’on travaille pour une organisation comme celle qui l’emploie, il est hors de question de rendre son tablier et que c’est forcément parmi les bons que se niche le méchant ?

Mais, scénario oblige, elle choisit le long détour. Elle va trouver le vilain A qui la mène au vilain B qui la mène au plus vilain C… en liquidant bien sûr sur son chemin la plupart de ces « maillons », même quand ils sont escortés d’une dizaine de gardes du corps. Cela rappelle la grande scène de Kill Bill, et c’est très amusant pendant une demi-heure, mais Tarantino avait compris, lui, que cette grande scène devait être unique et que l’action pouvait, devait aussi passer par des dialogues. Ici, alors même que nous voyons son corps se décomposer sous l’effet du poison, Kate continue jusqu’au bout de conduire des voitures, de gravir des escaliers en courant, d’escalader des murs et de tuer des hordes de méchants. Précisons en outre que cette Américaine n’a pas le moindre mal à communiquer avec les gens, bons ou mauvais, qu’elle rencontre, puisqu’elle parle japonais couramment. Saluons donc ses talents de linguiste, mais il eût été plus intéressant de la voir se débattre dans un environnement vraiment étranger.

Pop corn movie ? Ce genre, indubitablement, existe. Mais il y a ici incompatibilité entre le fond et la forme, puisque, comme nous l’avons dit, le fond n’est autre que la signification de l’existence, ces « vingt-quatre heures à vivre » qui restent à l’héroïne étant, qu’on le veuille ou non, le condensé de toute vie humaine. Or il n’y a pas dans tout cela une once d’émotion. Kate reste d’un bout à l’autre un dessin animé en prises de vues réelles.

Cédric Nicolas-Troyan

Le réalisateur, Cédric Nicolas-Troyan, qui – est-ce bien surprenant ? – a commencé sa carrière dans le cinéma publicitaire et dans les SFX, a parmi ses projets, semble-t-il, un remake du premier Highlander. Russell Mulcahy ne s’étant pas privé de faire des cabrioles et des sauts périlleux avec sa caméra et de donner souvent à son film une esthétique clip, Nicolas-Royan, si remake il y a, serait bien inspiré d’aller chercher cette fois-ci la nouveauté du côté de l’humanité.

Frédéric Albert Lévy

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