Tous les Dieux du ciel

Par FAL : (Tous les Dieux du ciel, réalisé par Quarxx et co-produit par le Starfixien François Cognard, est sorti il y a trois ans et a fait depuis l’objet d’un luxueux coffret B-r/DVD, mais il était il y a un mois au programme du Festival Ciné-mots de Ribérac organisé par Jean-Jacques Manzanera, et le public a pu le revoir sur grand écran.)

« Tout pour plaire, et tout pour déplaire », a écrit un critique il y a trois ans, lorsque Tous les Dieux du ciel est sorti en salles. C’est que ce film de genre n’est pas un film de genre, mais un film de genres. Et même l’appellation apparemment simplificatrice « film d’horreur » ne simplifie rien du tout, car nous savons bien qu’il existe au moins deux types de films d’horreur – ceux qu’on peut voir en riant et en mangeant une pizza (certains Dracula outranciers avec Christopher Lee, par exemple), et ceux qui, sans forcément jouer sur le spectaculaire, sans image terrifiante, mettent tout simplement le spectateur mal à l’aise. Chacun verra donc ce qu’il veut voir, et chacun fera l’impasse sur ce qui ne l’intéresse pas. On vous dira par exemple que Tous les Dieux du ciel peut être considéré comme un film de science-fiction, sous prétexte qu’on aperçoit des images distordues, poltergeistiques, sur un vieux poste de télévision. Ah bon ? Admettons… En revanche, le générique qui fait se succéder très tranquillement, très posément, des plans de machines-outils dans un atelier et pendant lequel il ne se passe strictement rien fiche une trouille immédiate et permanente à tout spectateur qui fait un peu de bricolage et qui sait que toutes ces machines destinées à simplifier la tâche, à aider, peuvent devenir en un instant (d’inattention) des machines à blesser, voire à tuer. Combien de menuisiers n’ont-ils pas perdu quelques phalanges, sinon plusieurs doigts, en poussant une planche un peu trop vite contre une scie circulaire ?

Ce générique est une ouverture d’opéra. Le sujet de Tous les Dieux du ciel, n’est-ce pas cette perfidie permanente du monde et des hommes, consciente ou inconsciente ? L’action(?) tourne essentiellement autour de deux personnages : un frère (qui travaille dans cette usine où nous avons découvert les machines-outils) et sa sœur handicapée, clouée dans son lit et qu’il maintient enfermée dans sa chambre, parce qu’il est le seul et entend bien être le seul à s’occuper d’elle, à la protéger. Cette charge qu’il s’impose est une autopunition : si sa sœur est dans cet état désespéré, c’est à la suite d’un jeu du type « T’es pas cap ! » lorsqu’ils étaient tout petits. Un revolver extrait de l’armoire paternelle. La petite sœur a voulu prouver à son frère qu’elle était cap. L’arme était tournée vers son propre visage. Et sa vie, leur vie est fichue.

L’assistance sociale aimerait bien intervenir, prendre en charge cette jeune fille grabataire, d’autant plus que les conditions sanitaires dans la demeure où elle réside avec son frère laissent beaucoup à désirer. Pas question, dit le frère : c’est lui, lui, lui et personne d’autre qui peut, qui doit s’occuper d’elle. Seul moyen pour lui d’assurer sa rédemption, voire de garantir – qui sait ? – une intervention salvatrice des « dieux du ciel » qui résoudra tout.

Ce qu’il ne voit pas, c’est que ce dévouement qui est le sien n’est qu’une manière détournée de prolonger à l’infini le jeu de leur enfance, de continuer à affirmer ad nauseam sa supériorité de grand frère, « T’es pas cap » n’étant plus désormais un défi, mais une affirmation. Allons, croit-il une seconde à cette intervention divine qu’il sollicite ? Il sait bien qu’elle n’aura jamais lieu ; il souhaite qu’elle n’ait jamais lieu, pour pouvoir ainsi garder à jamais sa position dominante. Sous prétexte de faire un cadeau à sa ‘tite sœur, il lui impose même, via les services d’un gigolo, un inceste par procuration. Et quand surgit de nulle part une petite fille qui pourrait bien être, après tout, une messagère des dieux, il ne peut la supporter. Fou ? Peut-être. Sans doute. Mais de cette folie qui se nomme tout simplement orgueil.

Malgré tout, il y aura un happy end, ou tout au moins l’espoir d’un happy end, lorsque – mais nous n’en dirons pas plus – l’acte définitif qu’il entendait commettre amène sa sœur paralytique à retrouver une partie de sa motricité. Quarxx, le réalisateur, ne serait probablement pas content qu’on compare son film à Intouchables, et pourtant… On se souvient que, dans Intouchables, l’entourage de Cluzet le paralytique a décidé qu’il ne pouvait être transporté, pour son bien évidemment, que dans un véhicule du type teuf-teuf. Ignorant superbement cette limitation, Omar Sy ressort du garage la voiture de sport, pour le plus grand plaisir du paralytique, qui retrouve ainsi certaines joies passées.

Autrement dit, les limites qu’on croit voir chez autrui sont souvent en grande partie les limites qu’on lui impose. Il y a ainsi dans les hôpitaux, à côté de certaines infirmières admirables, des infirmières qui infantilisent leurs patients pour se prouver à elles-mêmes qu’elles sont adultes. Et, dans les établissements scolaires, des enseignants qui brident leurs élèves pour bien leur montrer à quel point ils sont nuls.

Bref, on l’aura compris, l’originalité de Tous les Dieux du ciel, c’est que c’est un film d’horreur qui n’est pas un film d’horreur, puisqu’il finit bien. En tout cas, mieux qu’il n’avait commencé.

Frédéric Albert Lévy

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