Douglas Trumbull : vers l’infini et au-delà

Par Claude Monnier : Comme beaucoup de visionnaires et de pionniers, Douglas Trumbull est mort dans une relative indifférence. Mais n’est-ce pas Christophe Colomb qui, dans sa correspondance avec ses enfants, avait écrit : « Ceux qui voient la lumière avant les autres sont condamnés à la poursuivre en dépit des autres » ?…

Réalisateur, spécialiste des effets visuels et ingénieur, Trumbull a voulu transcender le cinéma. Pour lui, le cinéma était vision. Ce pouvoir visionnaire du cinéma, les spectateurs et les critiques l’occultent trop souvent. C’est sur cette idée du cinéma comme vision qu’a été fondé Starfix, en 1983. Du reste, Trumbull aurait pu être le parrain de la revue. Par vision, il ne faut pas entendre quelque chose de superficiel, quelque chose qui tiendrait de l’apparence, mais quelque chose qui tient de la transcendance, du dépassement de l’Homme.

C’est pourquoi tout le travail de Trumbull, dès le départ, a été un mouvement vers l’avant, une immersion subjective dans le jamais vu : traversée de la Porte des étoiles dans 2001 ; course dans l’immense vaisseau-serre (ou vaisseau-monde) de Silent Running ; descente, vers le spectateur ébloui, du gigantesque vaisseau-mère de Rencontres du troisième type et exploration intérieure du même vaisseau dans L’édition spéciale de 1980 ; visite de l’Enterprise flambant neuf ou lente exploration du « nuage » V’Ger, dans Star Trek le film ; vol des Spinners au-dessus de la Cité infernale dans Blade Runner ; découverte de l’au-delà dans Brainstorm ; remontée vers le Big Bang dans The Tree of Life

Par son obsession de la lumière et des nuages fabuleux, par ses mises en scène contemplatives, recueillies, sans paroles (mais en musique, et quelles musiques !), on devine chez Trumbull une forte influence religieuse : ses explorations pelliculées, translucides, sont autant de vitraux de cathédrale – c’est flagrant dans Rencontres du troisième type. Et, comme tout élément d’une cathédrale, un vitrail n’est pas là pour la simple apparence : il a une charge symbolique, il est conçu pour faire passer la Lumière divine à travers l’histoire des Saints, qui sont représentés sur le verre coloré. A travers les Saints, c’est l’humanité qui se raconte. Et à travers les couleurs tranchées du vitrail, à travers la Lumière qui perce les Ténèbres, c’est l’humanité qui se transcende. C’est tout le sens des séquences célèbres (et justement célébrées) de Trumbull que nous venons de citer : dans l’épisode « Jupiter et au-delà de l’infini » de 2001, l’Homme remonte vers ses origines divines ; à la fin de Rencontres du troisième type, comme le disait Ray Bradbury, l’Homme se réconcilie avec Dieu (1) ; dans Star Trek le film, l’Homme s’accouple avec la machine et l’ordinateur, c’est-à-dire avec sa propre création (inauguration de l’Enterprise par Kirk et symbiose finale Decker/Ilya) ; dans l’ouverture de Blade Runner, l’Homme, totalement sidéré, explore Pandémonium, comme Dante dans La Divine Comédie ; dans Brainstorm, l’Homme revoit toutes les âmes du passé ; dans The Tree of life, l’Homme, à travers le regard invincible du cinéaste, remonte jusqu’au Big Bang, où, pour la première fois, « la lumière fut »… Mais au fond, toutes ces séquences, par leur fabrication en studio, en « dur », et surtout par cette impression fascinante de s’enfoncer dans une cavité, sont aussi des explorations in utero. Toujours, chez Trumbull, la recherche des origines…

Même s’il n’a pas réalisé toutes ces œuvres, Trumbull est à sa manière leur co-auteur. En tant qu’auteur, Trumbull a voulu répondre à ces deux questions fondamentales : comment les machines peuvent-elles nous aider à dépasser nos limites ? A quoi ressemble l’au-delà, s’il existe ? A terme, son invention principale, le Showscan (de l’UHD avant l’UHD !), trop souvent reléguée au rang d’attraction éphémère, devrait servir à faire ce type d’expérience sensorielle et mystique, sur deux heures de film.

Peut-être que, comme Christophe Colomb, Trumbull est mort en ayant un sentiment d’échec. Où qu’il soit, qu’il se rassure : par ses films, il a réussi à ouvrir une grande voie vers « l’autre monde ».


(1) « A la fin du film, c’est Dieu qui descend d’un côté et Adam qui le rejoint de l’autre, triomphant tous deux du gouffre qui les séparait. Votre cœur se brise à ce moment-là, à cause de cette beauté. J’ai pleuré quand j’ai vu ça. » (Ray Bradbury, in Studio n° 8, p. 95)

Claude Monnier

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