Vanishing

Par FAL : Le film Vanishing sera diffusé pour la première fois sur Canal+ mardi 5 avril, mais la chose est annoncée par la chaîne avec force roulements de tambour depuis des semaines, parce que cette coproduction franco-coréenne, qui devra se contenter en France de quelques télédiffusions, est en revanche sortie il y a quelques jours en Corée dans sept cents salles. Le fait que le réalisateur, Denis Dercourt, soit français ajoute au caractère atypique de l’affaire, mais reste à savoir si le film lui-même est à la hauteur de son making of. Denis Dercourt explique qu’il a passé six ans à élaborer son scénario ; tant de ténacité force évidemment le respect, mais l’histoire du cinéma montre qu’il arrive qu’une préparation aussi longue ait pour conséquence l’affadissement de ce que les Anglo-Saxons appellent « the juice », autrement dit l’énergie, l’élan vital qui garantit l’unité d’une œuvre. Vanishing est indubitablement un film réalisé avec un très grand soin, mais c’est aussi un film qui ne suscite jamais l’émotion que son sujet – le trafic d’organes, autrement dit l’une des plus grandes abominations qu’on puisse imaginer – devrait impliquer. La faiblesse majeure de l’intrigue est dans son principe même : on veut nous présenter comme personnage principal – au moins en France, car l’affiche coréenne relègue Olga Kurylenko dans un coin tout en bas au profit de son partenaire coréen, Yoo Yean-Seok… – un personnage en fait secondaire.

Tout commence avec la découverte du cadavre d’une Chinoise à Séoul, dans une rivière. Le bistouri d’un chirurgien a visiblement fait son œuvre puisque le foie n’est plus là, mais l’identification est impossible : le corps est demeuré bien trop longtemps dans l’eau et les mains sont bien trop abîmées pour qu’on puisse en tirer des empreintes. Cependant se tient dans la ville un congrès de médecins au cours duquel une chercheuse française, médecin légiste de son état, s’apprête à faire une communication sur la méthode qu’elle vient de mettre au point pour « raviver » la peau des cadavres. Et c’est donc grâce à elle que la police coréenne va pouvoir identifier la malheureuse victime et remonter la piste d’un réseau de trafiquants d’organes.

Ce « concours de circonstances » est a priori un point de départ comme un autre pour lancer une intrigue policière, à ceci près qu’il y a derrière toute cette affaire une mafia qui n’en est certainement pas à sa première exaction et il est difficile d’imaginer que toutes ses précédentes victimes soient restées des semaines au fond d’une rivière avant d’avoir été retrouvées. La chercheuse interprétée par Olga Kurylenko n’est donc ici qu’un catalyseur, autrement dit un élément qui accélère le déclenchement d’une réaction, mais qui ne la crée pas. On a d’ailleurs l’impression que la comédienne, qui fait merveille dans des films d’action tels que The Courier ou Sentinelle, est ici un peu gênée aux entournures, même si cette aventure est censée donner à son personnage l’occasion de se libérer d’un traumatisme passé.

Pour assurer une progression dans l’horreur, une seconde transplantation entre en jeu, portant, elle, sur des enfants. Nous n’entrerons pas ici dans les détails, car nous ne tenons pas à subir les foudres des spoilerophobes, mais il faut malgré tout dire un mot de la fin, dans la mesure où elle touche à la nature même du film. Cette fin n’est qu’à moitié happy. Happy à la française, mais en même temps désespérée à la coréenne, façon The Chaser, ou, à un moindre degré, façon Parasite. Certes, on parvient à éviter le pire, mais on n’améliore en aucune façon la situation de base, le maître du jeu implicite et invincible ayant pour nom le destin. On ne saurait dire s’il y a là résignation stoïcienne ou simple désinvolture.

Sur le même sujet, les spectateurs fleur bleue qui aiment à positiver préféreront revoir Pound of Flesh (La Vengeance dans le corps), un thriller starring JCVD et situé aux Philippines. C’est invraisemblable d’un bout à l’autre, Jean-Claude étant capable d’envoyer au tapis des hordes d’adversaires alors qu’il a eu la mauvaise surprise de découvrir deux heures plus tôt qu’on avait procédé à l’ablation d’un de ses reins pendant son sommeil, mais ce conte de fées a un début, un milieu, une fin, et a l’immense mérite de nous faire croire, ou tout au moins espérer, que le mot humanité peut avoir un sens.

Frédéric Albert Lévy   

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