Panique année zéro

Par FAL : Les éditions Rimini avaient sans doute inscrit dans leur programme Panique année zéro depuis plusieurs mois, et ce film fait partie des nombreuses variations cinématographiques sur la Guerre froide produites aux États-Unis dans les années cinquante et soixante, mais la présente guerre d’Ukraine confère au B‑r/DVD publié ces jours-ci une actualité sans doute regrettable, mais d’une pertinence extrême.

Panique année zéro n’est qu’une série B, mais peu de séries B ont eu leur statut de série B à ce point justifié par le sujet traité. Comme dans les tragédies classiques, l’événement n’est pas vu de l’intérieur, mais de l’extérieur, sinon de loin. Dans Le Cid, le combat contre les Maures n’est pas représenté sur la scène, il est simplement raconté. Dans Phèdre, la mort d’Hippolyte traîné derrière son char et déchiqueté par des rochers n’est pas représentée live, mais seulement rapportée par un messager. L’événement, ici, c’est la destruction de Los Angeles par l’explosion d’une bombe atomique (nous apprendrons par la suite que d’autres grandes capitales du monde ont été pulvérisées de la même manière), mais cette explosion, nous ne la voyons pas vraiment. Une lumière éblouissante pendant quelques secondes, un ou deux plans du « champignon » à l’horizon pendant quelques secondes aussi… tout cela nous est donné au bout de cinq minutes – c’est après ces cinq premières minutes que la véritable histoire commence.

L’histoire – mais le terme histoire est-il bien celui qui convient ici ? –, c’est celle d’une famille d’Américains bien tranquilles – le père, la mère, le fils et la fille – qui partait pour une partie de pêche, mais qui comprend très vite que ce projet doit être abandonné, et qu’en plus, étant donné la panique générale qui s’installe, un retour à la maison est aussi impossible. Panique, car la radio ne marche plus et les informations sont rares ; car l’essence vient à manquer ; car les épiceries sont dévalisées, car l’économie quotidienne s’écroule en quelques heures – profitant sans vergogne de la situation, pompistes et épiciers augmentent leurs prix et n’acceptent plus que l’argent liquide… On l’a déjà deviné, les tensions qui s’installent ont tôt fait de déboucher sur des affrontements mortels (d’autant plus qu’aux États-Unis, les armes ne manquent pas).

Et c’est donc là qu’est le sujet de Panique année zéro – non pas dans la destruction causée directement par la guerre, mais par ses conséquences, par ses effets secondaires, tout aussi néfastes : l’explosion atomique venue de l’extérieur entraîne l’explosion du tissu social, et parfois à l’intérieur même d’une famille jusque-là unie (ici, le père doit expliquer à la mère qu’elle doit renoncer à ses sacro-saints principes moraux si elle veut simplement survivre). C’est pourquoi le happy end qui nous est livré – oui, l’Oncle Sam finit par vaincre le méchant Ours ou en tout cas par négocier avec lui – nous est volontairement livré à la va-vite, parce que, comme le suggère le titre, il va falloir désormais tout reprendre à zéro. Et parce que, comme l’explique allègrement et tristement dans un bonus Joe Dante – qui a lui-même traité en 1993 un sujet analogue avec Panic sur Florida Beach –, rien ne prouve qu’une telle horreur ne puisse pas se reproduire, horreur bien plus terrifiante que celle des films dits d’horreur.

Panic année zéro est interprété et réalisé par Ray Milland. La carrière de celui-ci en tant qu’acteur, avec des films aussi célèbres que Le crime était presque parfait, Le Poison ou Love Story, tend à faire oublier qu’il avait aussi travaillé derrière la caméra (il détestait, disait-il, le métier d’acteur – qui l’obligeait à se lever trop tôt et à se coucher trop tard –, mais il ne pouvait pas non plus rester à la maison, puisque sa femme devenait folle quand il était en permanence à ses côtés). La sortie du B‑r/DVD – on saluera au passage la qualité de la restauration du noir et blanc, qui confère à ce post-apo une vérité documentaire – est l’occasion de réparer cet oubli, pour ne pas dire cette injustice.

Frédéric Albert Lévy   

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