Doctor Strange in the Multiverse of Madness, le retour de Sam Raimi

Par Claude Monnier : Pour le spectateur-lambda, Doctor Strange in the Multiverse of Madness est un épisode de plus dans la longue chaîne du MCU (Marvel Cinematic Universe). Pour le cinéphile en revanche, c’est un film particulier puisqu’il signe le come-back de Sam Raimi au cinéma, après quelques années de traversée du désert, suite au succès mitigé du Monde fantastique d’Oz (2013). Cette traversée du désert est d’ailleurs symptomatique du problème dans l’industrie actuelle : que les cinéastes non-geeks (De Palma, McTiernan, Mann, Woo, Verhoeven, Carnahan…) ne puissent plus monter leurs projets à Hollywood, on peut le comprendre, ils sont trop vieux ou plus du tout en phase, mais que le réalisateur-geek de Darkman et de la première trilogie Spiderman soit laissé de côté, c’est tout de même fort !… Ingratitude réparée aujourd’hui, avec ce retour en fanfare et, n’en doutons pas, un grand succès à la clé. Pour autant, se pose clairement la question : pour ce retour, Sam Raimi a-t-il vendu son âme ? Autrement dit, s’est-il coulé dans le moule du producteur Kevin Feige qui, on le sait, préfère les faiseurs aux auteurs ?

Oui et non. Oui, en ce sens que Sam Raimi, dans le cadre de cette suite, a dû suivre la charte établie par l’opus précédent, réalisé par Scott Derrickson. Ce sont donc les mêmes costumes kitsch, à peu près les mêmes décors, le même jeu au second degré de Benedict Cumberbatch, la même superficialité dans les rapports entre personnages (avec en plus une ado tête à claque qui semble sortie des derniers Spiderman !) ; bref, nous sommes loin de la première trilogie Spiderman, notamment les deux premiers opus qui savaient se poser et dégager une émotion profonde, une vraie humanité.

Non, en ce sens que Raimi, heureusement, conserve son style virtuose et sa thématique principale, à savoir la folie et la transmission du Mal. Disons-le, le réalisateur réalise ici, à très grande échelle, un remake d’Evil Dead 2 et 3 ! Le héros, en effet, est violemment balloté entre des dimensions différentes, il est constamment roué de coups par une entité maléfique… Un cousin de Ash, en somme. Le caméo de Bruce Campbell se donnant lui-même des coups de poing est un clin d’œil malicieux aux fans de la première heure. Qu’on ne s’y méprenne pas cependant, Raimi n’a pas travaillé contre le studio : il est évident, devant une telle virtuosité filmique et un tel délire maléfique (par exemple docteur Strange en zombie déchaîné et « accouplé » de force à une horde de démons noirs) que le cinéaste a été engagé pour cela par l’équipe du MCU. Comme nous, Kevin Feige a grandi avec la trilogie Evil Dead et a voulu reproduire son aspect « ride ».

De façon plus souterraine, Raimi reprend également sa thématique de l’héroïne malheureuse et maudite, déjà développée dans Intuitions, Mort ou vif, Jusqu’en Enfer et Le Monde fantastique d’Oz. Ainsi, dans l’optique de ce cinéaste amoureux des « monstres » et des damnés, la Sorcière rouge (Elisabeth Olsen) nous est souvent plus sympathique que docteur Strange, et pour cause : son seul « crime » est de vouloir vivre une existence normale de femme auprès de ses deux enfants, dans un monde parallèle. Mais pour le héros, qui apparaît presque ici comme le méchant, ce « caprice » de sorcière met en danger l’équilibre du multivers. Si bien que, chez Sam Raimi, le Strange zombie devient presque plus attachant que le Strange « normal » !

Passons sur le manque de renouvellement de l’intrigue (Strange combat la Sorcière rouge pendant… deux heure trente. Point.), et laissons-nous énivrer par la virtuosité impensable du cinéaste, qui parvient à faire de certaines scènes de véritables bijoux cinématographiques, aidé par des effets numériques de premier ordre : la Sorcière rouge qui se sert des flaques d’eau croupie pour passer d’une dimension à l’autre ; les protagonistes qui se combattent… à coup de musique (oui, vous avez bien lu, ils s’envoient littéralement des notes de musique à la figure et Danny Elfman s’en donne à cœur joie !).

Depuis les années cinquante, le cinéma se bat comme il peut pour concurrencer le petit écran. Aujourd’hui, qu’on l’apprécie ou non, et au-delà de l’aspect commercial, c’est l’un des buts du MCU : donner à voir au public ce qu’il ne peut pas voir dans une production Netflix, continuer à faire aimer le cinéma en salles aux enfants de onze-quatorze ans, enfants qui sont, ne l’oublions pas, le public essentiellement visé. Un jour sans doute, ces enfants, devenus grands, transmettront ce goût du cinéma en salles à leurs propres enfants. Et Sam Raimi, héritier moderne de Ray Harryhausen, aura contribué à cette magie.

Claude Monnier

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