Sea of Love/Mélodie pour un meutre: le polar selon Al Pacino

Ellen Barkin, Al Pacino

Par Claude Monnier: 1985 : le rejet de Révolution par le public et la critique laisse Al Pacino sur le carreau. Au point que celui-ci attend quatre ans avant de sortir un nouveau film : ce sera Sea of Love (Mélodie pour un meurtre chez nous). A priori, avec ce polar sensuel qui surfe sur la vague de Liaison fatale (1987), Pacino prend moins de risques, fait preuve de moins d’ambition, et Harold Becker, le metteur en scène choisi par ses soins, n’est pas Coppola, Friedkin, De Palma ou Hudson. Mais en réalité, Sea of Love est un film extrêmement personnel et même risqué. Risqué en ce sens que Pacino s’y dévoile intimement, expose sa solitude, ses tendances autodestructrices, ses problèmes avec l’alcool. Connaissant la fameuse « Méthode » dont est adepte l’acteur, il ne faut pas chercher bien loin son inspiration pour ce rôle de flic borderline.

Blu-ray chez L’Atelier d’images – Bonus : Petite musique de chambre par Fred Teper Rédacteur en chef Les Chroniques de Cliffhanger & Co / Scènes commentées par le réalisateur Harold Becker / Making of d’époque / Scènes inédites / Bande-annonce originale.

Sea of Love raconte la traque d’une « veuve noire » qui sévit à Manhattan. Elle repère ses proies par petites annonces, des hommes en quête d’aventure amoureuse, et les tue d’une balle dans la tête pendant l’acte. L’inspecteur Frank Keller (Pacino) décide alors de la prendre à son propre « jeu » en se faisant passer pour un cœur solitaire, via une petite annonce romantique. Parmi toutes les femmes venant au rendez-vous, une en particulier lui semble suspecte, Helen (Ellen Barkin). Le problème, vous l’aurez deviné, est qu’il en tombe amoureux…

L’intelligence du film, c’est d’être un remake lointain, non pas de Play Misty for me, mais… de L’Arroseur arrosé. En effet, dans un mélange d’humour et d’émotion, Becker montre le policier, qui joue cyniquement les cœurs solitaires pour les besoins de la cause, se faire attraper à son propre piège. Mais en réalité, et tout le sel du film est là, l’arroseur avait envie de se faire arroser. Devant ses collègues machos, il joue, se moque du dispositif, mais au fond, il ne joue pas du tout. Il est lui-même un célibataire malheureux qui ne s’est jamais remis du départ de sa femme, se débattant la nuit entre alcoolisme et tendances dépressives. S’il met au point aussi vite le stratagème des petites annonces, c’est parce qu’il y voit, plus ou moins consciemment, une manière de vaincre sa solitude, de retomber amoureux.

Pour Becker et Pacino, c’est clair, l’aspect thriller passe au second plan, même si cet aspect reste très efficace tout au long du film, Becker étant à son aise avec les ambiances « film noir », comme on peut le voir tout au long de sa filmographie. Ainsi, Il parvient à nous faire peur par la simple vue d’un couloir vide dans l’immeuble de Frank, avec ce panneau exit sur fond de ténèbres. Pendant quelques secondes, on se croirait presque chez David Lynch. Pensons également à cette scène angoissante où Frank accepte de coucher avec Helen, n’étant pas sûr qu’elle soit la veuve noire, et aperçoit en un éclair, dans son sac à main, un révolver. Scène qui a quelque chose de kafkaïen : en endossant nonchalamment le rôle de la victime, le policier va peut-être devenir une victime.

Pour autant, ce qui semble avoir vraiment passionné Becker, c’est l’intimisme chaleureux. Il montre longuement, de manière documentaire, les flics entre eux, se comportant comme des gosses (mention spéciale à John Goodman, hilarant, comme souvent). Il dévoile avec tendresse les multiples femmes esseulées et malheureuses qui répondent à la fausse annonce. Il accompagne avec tact les échanges de ces « hérissons sentimentaux » que sont Frank et Helen, deux êtres hésitant à replonger dans la vie de couple et à s’abandonner à l’autre…

Sea of Love, thriller par nécessité, est avant tout un portrait intimiste des Newyorkais, ceux qui errent le soir dans les rues et les bars, en quête de l’âme sœur, tels les Nighthawks de Hopper. Un portrait attentif à leur fragilité, à leur usure, à leur vérité lorsqu’ils tombent les armes. 

Claude Monnier

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