Samhain

Par FAL : Le film s’appelle partout dans le monde You Are Not My Mother, mais les Français, qui sont, comme chacun sait, plus intelligents que tout le reste de l’univers, ont décidé de le rebaptiser Samhain, l’étrange sonorité de ce nom irlandais, qui désigne une fête assez voisine de celle d’Halloween, permettant de mieux le vendre comme un film d’horreur. A priori, rien de fondamentalement condamnable dans ce nouvel « emballage », puisque l’histoire se passe bien pendant la fête en question. Rien de condamnable, si ce n’est que la véritable horreur, annoncée comme telle dans certaines déclarations de la réalisatrice Kate Dolan, est beaucoup plus à trouver du côté du titre anglais que du côté du titre « français ».

Certes, les amateurs de rituels occultes, du genre de ceux qu’on trouve dans des classiques tels que The Wicker Man ou Une fille pour le Diable, ou encore Les Vierges de Satan, trouveront dans Samhain leur dosede bûchers, de bouillon d’onze heures et d’amulettes, mais cette quincaillerie, sans être jamais ridicule, est parfaitement gratuite compte tenu du vrai sujet.

Or donc, l’héroïne – une espèce de Jodie Foster jeune –, qui vit avec sa grand-mère et sa mère, voit un jour en sortant du lycée la voiture de celle-ci abandonnée au milieu d’un terrain vague. Nul ne sait où est passée sa mère, laquelle réapparaît finalement quelques jours plus tard sans autre forme de procès, à ceci près qu’elle a le physique de la mère, la voix de la mère, la couleur de la mère, mais qu’il y a du Canada Dry dans l’air : son comportement devient de plus en plus inquiétant. Moments d’absence, mouvements hystériques, hurlements, tentative d’empoisonnement contre son propre frère. Tout cela sera « rationnellement » expliqué par une histoire de changelins, autrement dit d’enfants enlevés à la naissance par des puissances maléfiques et remplacés par des doppelgängers, mais, comme nous l’avons dit, le vrai sujet est ailleurs.

Le vrai sujet, c’est le désarroi, le désespoir d’un enfant qui, voyant peu à peu un parent sombrer dans la folie, fait tout pour se convaincre que tout est normal, que tout va bien, que rien n’a changé. Parce que – et nous éprouvons tous cela face à certains êtres chers jadis fringants, mais diminués par la vieillesse – il est très difficile d’admettre que cette personne que nous avons devant nous et qui, dans une large mesure, a gardé les mêmes traits, n’est plus au fond la même. Parce que ce changement de l’autre entraîne irrésistiblement une remise en question de soi-même : quoi ! nous ne serons donc pas toujours ce que nous sommes ? On pense à Cary Grant ou à Chaplin : seraient-ils devenus Cary Grant ou Chaplin s’ils n’avaient pas eu, l’un et l’autre, une mère souffrant de troubles psychiatriques ?

Double peine pour la jeune héroïne. À la maison, elle se trouve donc face à cette mère qui n’est plus sa mère (cf. titre original), mais au lycée, quelque brillants que soient ses résultats scolaires, elle est pour ses camarades, en particulier pour les odieuses bullies (ce mot chez les Anglo-Saxons peut aussi désigner des jeunes filles), « la fille de la folle ».

Kate Dolan a-t-elle étudié de près les textes théoriques de Stephen King ? Toujours est-il que son film est une parfaite illustration de ce que celui-ci définissait comme le principe de l’horreur : clowns, monstres, fantômes ne sont jamais que des métaphores d’événements qui peuvent se produire réellement et qui se produisent réellement et qui sont bien, eux, terrifiants. Autrement dit, il est peu probable qu’un clown surgisse un jour du fond d’un égout pour enlever un petit enfant, mais quelle est la mère qui n’a pas craint un jour que son enfant lui soit enlevé, pour une raison ou pour une autre ? Les plans les plus inquiétants de Samhain, ce ne sont pas ceux de bûchers en feu, mais ceux, volontairement trop longs, où l’on voit un personnage perdu au milieu d’un champ, loin de tout. Le titre You Are Not My Mother semble annoncer un « drame psychologique » ? Effectivement, ce film d’horreur n’est pas un film d’horreur. C’est un film de malaise. Et c’est bien pire.

Frédéric Albert Lévy

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