Seul dans la nuit

Par FAL : On se souvient de Seule dans la nuit, thriller réalisé par Terence Young en 1967, et qui réussissait ce tour de force d’éveiller chez le spectateur le désir de ne plus voir qu’un écran noir, par solidarité avec l’héroïne aveugle interprétée par Audrey Hepburn (face à un méchant très méchant incarné par Alan Arkin). On connaît moins Seul dans la nuit (seul au masculin, car, si, si, la parité peut marcher dans les deux sens), film français de Christian Stengel sorti en 1945 et construit autour d’une énigme policière assez conventionnelle. Un tueur assassine des femmes, la nuit donc, dans les rues de Paris. Personne, bien sûr, ne l’a jamais vu, mais chaque fois qu’il commet un crime, on l’entend fredonner la chanson « Seul dans la nuit » qui donne son titre au film. L’enquête se porte donc en priorité sur le chanteur qui a fait de cette chanson un « tube » avant la lettre et sur son entourage.

Pour être franc, l’intrigue proprement dite ne casse pas trois pattes à un canard, même si le scénario a l’intelligence de nous orienter sur une fausse piste qui finit par se révéler à moitié vraie (un indice ? comme plus tard dans les gialli italiens, l’assassin est – le croiriez-vous ? – un grand frustré…), mais ce qui est intéressant dans ce film, comme dans beaucoup d’autres de la même époque, c’est son caractère documentaire, préfigurant un peu ce qu’allait être une série comme Les Cinq Dernières Minutes, dont chaque épisode était l’occasion d’explorer un milieu. Nous découvrons – chanteur oblige – ce qu’était une émission de variétés transmise en direct quand la télévision venait à peine de naître et ne diffusait que le soir ; nous découvrons les méthodes de communication de la police à une époque où les téléphones portables n’existaient pas. Et nous découvrons aussi, à la faveur de scènes où ils ne font le plus souvent qu’une apparition éclair, à quoi ressemblaient divers acteurs qui allaient devenir un peu plus tard des seconds rôles réguliers du cinéma français : Jacques Dynam (adjoint de Louis de Funès dans les Fantômas et doubleur de Jerry Lewis) ; Jacques Morel (l’homme qui aurait pu être Don Camillo mais qui refusa le rôle, et plus tard à la télévision héros de Julien Fontanes, magistrat, et voix d’Obélix dans les premiers dessins animés Astérix), Annette Poivre (figure de La Boum 2), Sophie Desmarets (future Madame Sans-Gêne). Mais la plus grande surprise, c’est Bernard Blier dans le rôle de l’inspecteur chargé de l’enquête – sa première – et amoureux de la fille du patron. Certes, même jeune, ce n’était pas à proprement parler un Apollon, mais il était mince et il avait des cheveux, et il n’était pas encore abonné aux rôles de maris trompés ou de truands lautnériens à l’esprit lent. Seul dans la nuit n’est donc pas un grand film, mais il ravira le cœur de tous les cinéphiles qui ont un faible pour le cinéma français des années quarante. (Le combo Blu-ray/DVD publié chez Pathé inclut trois longs bonus qui tous insistent judicieusement sur la valeur historique du film.)

Frédéric Albert Lévy

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