Avatar : La Voie de l’eau, James Cameron en profondeur

Par Claude Monnier : Avatar : La Voie de l’eau est un film qui nous chamboule, une vague violente qui nous emporte et nous retourne.

Tâchons de retrouver nos esprits…

L’histoire d’abord : à la suite d’une nouvelle attaque des humains, Jake et Neytiri doivent fuir la forêt de Pandora avec leurs quatre enfants. Ils trouvent refuge dans une autre région de la planète, au sein d’une tribu qui vit en harmonie avec la mer. Mais les humains ne vont pas tarder à les retrouver…

James Cameron sur le tournage. © Photo : Mark Fellman / 20th Century Studios

La Voie de l’eau est donc un épisode intermédiaire dans ce qui apparaît désormais comme une trilogie. Comme L’Empire contre-attaque, c’est une histoire de fuite, c’est-à-dire une aventure instable, incertaine, en devenir. Le film est beaucoup plus « inconfortable » que le premier, qui reposait sur une histoire très claire de conversion. Cet inconfort correspond totalement à l’idée que James Cameron veut transmettre : celle de la fragilité. Fragilité de la famille, fragilité du milieu naturel. En tant que « western » progressiste, La Voie de l’eau nous place totalement dans le point de vue d’une famille indienne en fuite, face aux persécutions des Blancs. Ce qui frappe pourtant, c’est que cette famille indienne agit et s’exprime comme une famille américaine d’aujourd’hui. Contradiction ? Pas sûr. Si cette occidentalisation de « l’Indigène » est due en partie à l’origine hollywoodienne du film et à sa volonté de cibler le jeune public (voir les dialogues « clichés », et même assez plats, entre les Sully), il faut reconnaître qu’elle est aussi le sujet. Jake en effet, même transformé en Na’vi, a gardé en partie sa mentalité nord-américaine et l’a transmise à ses enfants, au grand dam parfois de Neytiri. C’est que ce héros est un hybride, un métis. Et le métissage, obligatoire pour survivre dans un monde où tout se rencontre, est le message profond du film : métissage des ethnies, métissage des civilisations, mais aussi métissage technologique. La Voie de l’eau montre en effet que l’avenir est dans la fusion entre la technologie occidentale et l’amour de la nature. Dans sa description amoureuse du monde de la mer, le film est clairement un hommage à Cousteau, maître à penser de Cameron. Or, Cousteau a bien pour particularité de mettre les outils de l’occident – bateau à moteur, médias modernes – au service de la nature. Et cette contradiction n’en est une qu’en apparence : c’est en réalité une tentative de synthèse.

Synthèse délicate, fragile, s’il en est. Et c’est pourquoi le film, trop précipité au début (mais peut-être est-ce volontaire, pour faire contraste), s’épanouit totalement lorsqu’il atteint le monde de la mer. Là, Cameron devient contemplatif, il laisse vivre ce qui est en marge : la simili-baleine blessée, intelligente et sensible, le frère cadet considéré comme un raté, la fille adoptive (jouée par Sigourney Weaver) à l’esprit poétique, toujours décalée par rapport aux autres… Le cinéaste tisse dès lors un beau récit sur le thème de l’asociabilité de certains êtres. C’est la part autobiographique du film : Cameron, de son propre aveu, était un enfant solitaire, toujours plongé dans son monde imaginaire. Au cours du récit, cette fragilité autobiographique se mue en peur de perdre cet enfant (concrètement et métaphoriquement) et elle se mue en fureur lorsque cette peur se réalise : c’est la séquence démentielle où Neytiri, mère meurtrie, terrasse sauvagement ses ennemis. Mais cette fureur guerrière, comme souvent chez Cameron, s’annule pour transformer le guerrier en victime : et dès lors ce sont les enfants qui doivent sauver leurs parents fragilisés. Les âges sont abolis, comme au paradis d’Eywa, où les vivants peuvent s’adresser aux morts. Et comme dans le studio de motion capture, où Sigourney Weaver peut jouer sans problème une version enfantine d’elle-même. Etrange génération…

La nouvelle version Na’vi de Quaritch (jouée par Stephen Lang via la capture de mouvement) reçoit ici un briefing de sa part mais version humaine

Mais il n’y a pas que le temps qui est aboli. Nous ne savons pas si Cameron a lu André Bazin mais ce film, encore plus que le premier, applique la mise en scène idéale du critique français : le montage doit disparaître, la caméra doit se mouvoir à 360 degrés dans l’univers diégétique et ne rencontrer aucun obstacle. Profondeur de champ vertigineuse. Ontologie troublante de l’image numérique. Et révolution dans l’art millénaire de la représentation : avec La Voie de l’eau, il n’y a plus de cadre. C’est d’ailleurs ce qui rend difficile l’appréhension de sa mise en scène : il n’y a plus de scène. Cameron, démiurge fou, semble avoir en effet construit tout un monde « véritable » pour s’y perdre. Il est le dormeur Jake Sully et il est toujours dans son caisson, quelque part. Un jour, sans doute, Cameron disparaîtra dans Pandora. C’est la raison secrète, n’en doutons pas, pour laquelle il tient tant à réaliser des séquelles. Non pas par amour de l’argent mais par amour immodéré, déraisonnable, pour sa création. Sully le dit en voix-off dès le début : le problème avec Pandora, c’est qu’on en tombe facilement amoureux.

Cameron est à sa manière un névrosé, mais surtout n’appelez pas Freud pour le guérir : laissez cet artiste exposer son attirance-répulsion pour le Père, laissez-le divaguer sur son enfance solitaire et sa peur des autres, laissez-le errer dans son monde idéal, ce paradis terrestre où Mère-Nature a une âme bienveillante, protectrice, utérus gigantesque.

Claude Monnier

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