Une belle course

Par FAL : Il est évidemment absurde de reprocher à un film d’être ce qu’il est et de ne pas être autre chose que ce qu’il est, mais, d’une certaine manière, le film de Christian Carion Une belle course s’adresse à lui-même ce reproche, car il est en fait composé de deux films qui n’ont que peu de rapport l’un avec l’autre.

Le premier est une espèce de road movie en Île-de-France. Un chauffeur de taxi (Dany Boon) va chercher une vieille dame (Line Renaud) pour la conduire de la banlieue est de Paris jusqu’à la banlieue ouest. Course assez longue (qu’il a acceptée parce qu’il a du mal à joindre les deux bouts), mais qui va le devenir plus encore quand la vieille dame exprime le désir, moyennant quelques détours, de revoir des lieux qui ont marqué son existence. Si, selon le cliché consacré, les gens qui ont frôlé la mort ont vu défiler « le film de leur vie » en quelques secondes, Une belle course est la transposition littérale, concrète, de cette image. La mort, ici, n’est pas loin, puisque nous apprenons assez vite que la destination de la passagère, c’est l’Ehpad. Elle a plus de quatre-vingt-dix ans et, si elle manifeste toujours une belle énergie, elle souffre d’une insuffisance cardiaque.

Le premier quart du film est réellement émouvant, puisque la situation décrite peut s’appliquer à tous les spectateurs, y compris aux plus jeunes, qui devraient méditer cet aphorisme d’on ne sait plus quel humoriste triste : « Je plains la jeunesse, elle n’a pas d’avenir », mais les choses se compliquent et se dégradent lorsque la vieille dame renonce à réclamer des détours, les lieux qu’elles a connus se révélant ne plus être ce qu’ils étaient. Expérience universelle, bien sûr. Baudelaire, déjà, s’était écrié dans ses « Tableaux parisiens » : « …la forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel. »

Bien sûr, l’homme n’a cessé d’inventer des outils visant à faire revivre ce qui n’est plus, et la machine à remonter le temps la plus efficace est sans doute le cinéma – et, à l’intérieur du cinéma, le flashback. Mais tous les flashbacks offerts ici pour illustrer les souvenirs de la vieille dame tournent autour d’un seul et unique sujet : son passé de femme battue, sa vengeance contre son mari – exercée avec le chalumeau de celui-ci –, son procès, ses années en prison dues à l’injustice d’une justice machiste, et tutti quanti. Intentions louables : à travers l’histoire de cette dame, scénariste et réalisateur ont voulu visiblement écrire tout un pan de la grande Histoire des femmes, mais on ne saurait traiter uniquement à coups de flashbacks, autrement dit en pointillé, le sujet qu’ils entendent traiter. Ce qui, dans un film traitant la question de front, aurait pu être un plaidoyer convaincant reste ici le plus souvent très caricatural.

On retiendra d’Une belle course quelques moments de grâce dans les dialogues entre Line Renaud et Dany Boon et l’on saluera les progrès impressionnants de la technologie moderne : comme, vu son âge (qui n’est autre que celui de son personnage), on ne pouvait imposer à Line Renaud de rouler des heures et des heures dans un taxi, l’ensemble du voyage a été filmé avec des transparences à la Hitchcock, mais les transparences sont désormais si parfaites qu’elles ne peuvent plus être décelées comme telles.

Frédéric Albert Lévy

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