Hiver : saison morte (billet d’humeur)

Par Claude Monnier : Le lion starfixien est morose. Il n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Depuis le début de la saison froide, il regarde d’un air méfiant le fronton des salles obscures et voit ceci : Anatomie d’une chute, Winter Break, May December, Pauvres créatures, La Zone d’intérêt… Mais que veulent les distributeurs ? Qu’on se pende ? Cela dit, tout cela est fort cohérent : ces films + le morne hiver, c’est ton sur ton…

Attention, qu’on ne s’y trompe pas : le starfixien est un cinéphile émérite. Il est conscient que tous les films susmentionnés sont des œuvres intéressantes s’adressant à un public mature, des films pré-palmés, bientôt oscarisés. Mais que diable, un peu d’équilibre ! En ce moment, au cinéma, c’est soit l’analyse universitaire de l’ennui ou du sadisme, soit la comédie franchouillarde, avec Les SEGPA au ski… et autres Cocorico ! Quels films, parmi tous ceux qui sortent cet hiver, auraient pu faire dignement la couverture de Starfix ? Argylle ? Nous ne pensons pas.

Nous comprenons plus que jamais cette phrase exaspérée (mais si vraie, si drôle) de Christophe Lemaire, écrite en ouverture de sa critique de La Bête de guerre en 1988 : « Quel bonheur ! Après des mois et des mois de désolation cinématographique, de films français pouilleux dont on ne se fatigue même plus à lire les titres en entier, de produits standards US destinés à enfoncer le spectateur dans ses paquets de pop-corn, de… et de… voici enfin le retour du septième art, le vrai, le pur. »

Et soudain nous revient à l’esprit John Carpenter, dans cette fameuse interview télé de 1979 qui tourne en ce moment sur YouTube : le jeune cinéaste vient de réaliser coup sur coup Halloween et Fog et le journaliste lui demande ce qu’il pense de ses confrères, notamment Robert Altman, alors au sommet de son prestige critique ; et Carpenter de lever les yeux au ciel, à la limite du haut le cœur… Lui qui ne jure que par Hawks, Aldrich et autre Sturges ! Evidemment que c’est injuste et restrictif, mais au-delà de cet amour provocateur pour le cinéma d’aventures couillu, il y a surtout ce rejet, ce dégout disons-le, pour ce que Mocky appelait à juste titre le cinéma des « bons élèves », le cinéma des « premiers de la classe », type Michael Haneke, qui finissent par s’autocongratuler sur les hautes marches de l’Académie. En somme un cinéma « prétentieux », fait par de petits malins qui recherchent les honneurs, se faisant mousser sur les malheurs du monde.

Tiens, au fait, Michael Haneke… Mais pourquoi ne sort-il pas un film bien sinistre cet hiver ? Après tout, ce ne serait que la goutte d’eau… 

Claude Monnier

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