
Par FAL : Nicky Larson ne craint personne, c’est une affaire entendue, mais l’ennui, c’est que le film Nicky Larson diffusé depuis quelques jours sur Netflix, ça craint un peu.
City Hunter – mais si, voyons, c’est le titre original japonais – pèche au moins à trois égards. D’abord par son argument, qu’on a déjà vu ici et là, entre autres dans les Universal Soldier. Le grand méchant possède une drogue qui peut faire de tout individu un robot indestructible. Enfin, indestructible à ceci près que, une fois accomplie la mission qui leur a été confiée, tous ces humains « augmentés » rendent l’âme. Seule échappe à cette malédiction une jeune fille. C’est évidemment elle qui va être l’enjeu de la lutte entre le méchant et Nicky Larson. Cela ne casse pas trois pattes à un canard, mais passons : après tout, peu importe l’argument pour ce genre de jamesbonderie ; ce qui compte, c’est le traitement.

Malheureusement – et c’est le second point faible de cette entreprise –, le traitement n’a rien non plus de bien original. Ça a la palette chromatique de Netflix (avec dominante bleu-vert), le parfum de Netflix, le rythme de Netflix… Et c’est bien du Netflix. Il ne s’agit pas de réclamer à cor et à cri de la couleur exclusivement « locale », mais l’esthétique de cette production made in Japan ne se distingue en rien de celle qu’on peut trouver dans d’autres productions Netflix turques, polonaises ou françaises. On imagine que notre city hunter chasse dans une cité qui est Tokyo, mais ce que nous voyons est filmé d’une manière telle que ce pourrait être tout aussi bien New York ou Londres ou Varsovie.
Le plus dérangeant dans l’affaire est l’incroyable hétérogénéité dans la tonalité des scènes. Ici, on égorge de façon très réaliste et le spectateur assiste en gros plan à l’agonie des victimes. Mais, entre deux scènes sanglantes, on a droit à des séquences de kolossal rigolade qui auraient eu leur place dans le Niki Larson (oui, Niki, sans -c et avec un -i à la fin), au demeurant assez poussif, produit à Hong Kong il y a trente ans avec Jackie Chan dans le rôle du héros, ou encore dans le Nicky Larson français de Philippe Lacheau. Ce mélange des genres est, nous expliquent de doctes experts, fidèle à l’esprit du manga original. C’est possible. Mais s’il existe bien quelque chose qui s’appelle l’humour noir et qui s’accommode fort bien d’égorgements et d’assassinats en tout genre, ce n’est pas exactement ce dont on nous gratifie ici : ces scènes d’agonie (à commencer par la mort de l’ami de Nicky Larson dans le prégénérique) sont filmées d’une manière telle qu’elles sont censées émouvoir le spectateur (pour compenser peut-être l’indifférence suprême, mais très insipide, du héros). C’est toute la difficulté avec le mélange des genres : il faut qu’on puisse trouver malgré tout une certaine homogénéité dans l’hétérogénéité, une certaine humanité dans le cynisme.

Ajoutons peut-être que ce déséquilibre est celui qu’on trouve dans un certain nombre de films coréens et dans une partie de la production cinématographique extrême-orientale (il y avait par exemple un peu de cela dans Bullet Train, coproduction américano-japonaise). Et donc, si l’on veut absolument trouver quelque chose de positif dans cette affaire, on pourra toujours dire que l’uniformisation de l’esthétique netflixéenne n’empêche pas pour autant l’affirmation de particularismes locaux. D’ailleurs, pour ceux qui l’ignoreraient encore, quand Nicky Larson, la série animée, faisait il y a un tiers de siècle les beaux jours du Club Dorothée, on avait pris soin d’ôter certaines séquences par trop violentes dans la version proposée aux petits Gaulois. Bref, la mondialisation que dénoncent certains n’est pas totale. En tout cas, pas encore.
Frédéric Albert Lévy
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