
Par Claude Monnier : La Fox exploite son filon. Par rapport à la dernière trilogie simiesque, le standing a baissé d’un cran (Wes Ball à la place de Matt Reeves, Kevin Durand à la place d’Andy Serkis, John Paesano à la place de Michael Giacchino), mais en termes de blockbuster, avouons que nous restons dans le bon et dans l’honnête. Techniquement, on peut même parler de perfection photo-réaliste. La Motion Capture et les effets numériques ont fait de tels progrès qu’ils sont désormais maîtrisables, non plus seulement par Peter Jackson ou James Cameron, mais par Tartempion. Tant mieux.

Tant mieux ? En fait, ce n’est pas si sûr. Désormais, le public, qui n’est plus ébloui par ce type d’images (on s’habitue à tout !), peut à loisir s’interroger sur ce qu’il regarde et remettre en question le récit. Or, ce que nous offre Wes Ball n’est ni plus ni moins qu’une enfilade de clichés dysnéiens (n’oublions pas que la Souris se cache derrière le Renard) : le peuple paisible adepte de la Nature contre le peuple tyrannique adepte du Fer ; le fils du bon roi qui doit prouver sa valeur pour prendre le relais ; les esclaves qui trouvent la force et la solidarité grâce au héros qui les libère du méchant roi ; et ainsi… deux suites. On a beau voir sur l’écran des singes en lieu et place des hommes, un cliché reste un cliché. Et, Disney/Fox a beau pratiquer la Motion Capture dernier cri, l’anthropomorphisme niais reste de l’anthropomorphisme niais. Pire : la Motion Capture, censée être vectrice de nouvelles images, accuse encore plus, de par son essence, ce défaut.

De fait, en dépit de son efficacité et d’un assez bon sens de l’espace, Ball est incapable d’avoir une seule idée originale de mise en scène : il est significatif que la meilleure scène du film soit… un remake de la chasse à l’homme dans les hautes herbes, issue du film de 1968. Paesano y reprend même note à note la musique atonale de Goldsmith ! Et pourquoi est-ce la meilleure scène ? Parce que, contrairement à toutes les autres scènes du film, elle repose sur un contraste, une antithèse, une idée folle : les hommes fuient à ras de terre comme de vils animaux et les singes chevauchent fièrement comme des hommes. De plus, en singeant Schaffner plan par plan, Ball est obligé, quelle horreur, de mettre sur l’écran une idée visuelle originale, une idée de mise en scène, une forme, alors qu’ailleurs dans le film règne l’informe, avec ces sempiternels travellings gratuitement enveloppants hérités des jeux vidéo. Cette idée de Schaffner, tellement puissante que Spielberg la reprendra dans Le Monde perdu, c’est celle des lignes géométriques que font les chasseurs simiesques et leurs proies humaines dans les hautes herbes, vues en plongée. Symbole d’une rencontre inévitable entre deux pôles opposés. D’où cette tension extrême. Et l’atonalité goldsmithienne renforce la folie ambiante, tout en fichant réellement la trouille, à l’opposé de la musique sentimentale passe-partout dont nous gratifie Paesano dans le reste du score !
Comme quoi, les belles idées dramatiques (et musicales) sont éternelles…
Claude Monnier
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