Horizon : une saga américaine, chapitre 1, de Kevin Costner

Kevin Costner est Hayes Ellison – Horizon: An American Saga – Chapter One – © Metropolitan Film Export

Par Claude Monnier : Kevin Costner cherche les ennuis : il entend réaliser, en indépendant, une saga westernienne de douze heures (soit quatre superproductions de trois heures), comptant sur la venue d’un public massif pour rembourser les frais, mais il prend d’emblée ce public à rebrousse-poil. Ce premier volet d’Horizon est en effet un film âpre et ultraréaliste, nous plongeant sans concession dans la souffrance des pionniers et des Indiens. Et il y a peu de raison que cela change avec les épisodes suivants. Le grand public risque donc d’être déçu, s’il compte retrouver le lyrisme de Danse avec les loups. Vous pourriez rétorquer qu’Impitoyable d’Eastwood était tout aussi glauque, voire plus, et qu’il a très bien marché au box-office. Il est vrai. Mais Impitoyable était un bijou de concision, avec des personnages peu nombreux et mémorables : la rigueur absolue de ce drame, sur à peine deux heures, constituait une vraie « musique » pour le grand public. La perfection narrative était évidente. Sans parler bien sûr de l’aura eastwoodienne, irremplaçable.

Horizon, quant à lui, est beaucoup moins « saisissable ». A cause de sa structure qui passe sans arrêt d’un groupe de personnages à un autre, avec des interprètes peu charismatiques (à part Costner, qui en impose à chaque plan), et des dialogues souvent sibyllins, on a du mal à s’attacher à certains d’entre eux. Nous pensons par exemple au groupe de chasseurs de scalps, totalement antipathique, et au jeune garçon hésitant qui les suit. L’aridité et la misère environnante n’arrangent rien.

©Metropolitan FilmExport

Pour autant, cette aridité, cette misère environnementale et ce manque d’attachement à l’égard de certains personnages ne sont pas sans intérêt : cela renforce le réalisme voulu par Costner, qui semble avoir décidé de faire avec cette saga une œuvre d’historien. C’est toute la clé du projet. Ainsi, il nous place en témoin un peu déphasé par les événements, regardant avec étonnement, voire consternation, la bêtise et la barbarie de certains pionniers, ou de certains Indiens. Un peu comme Ahmed Ibn Fadlan dans Le Treizième Guerrier, on subit sans comprendre les rudes conditions climatiques (chaleur étouffante, froid glacial), on est effaré par la sauvagerie des actes, inquiet par les ténèbres insondables de la nuit. Rendons d’ailleurs hommage à la superbe photographie naturaliste de Jim Muro, qui est le point fort du film, et qui nous plonge « dans les conditions de l’époque ». Par son réalisme géographique et ethnologique, Horizon évoque par moments La Porte du paradis. La poussière remplace simplement la boue.

Costner à la réalisation. © Metropolitan Film Export

Tout n’est pas noir cependant, comme dans la vie : au milieu de cette violence abjecte, les personnages qui cherchent à garder une certaine décence deviennent des bouées auxquelles on s’accroche désespérément. Il y a par exemple ce couple d’intellectuels qui est parti dans le Far West pour « l’aventure », qui s’enthousiasme la première fois qu’il aperçoit un Indien au sommet d’une colline, et dont l’inadaptation reflète intelligemment la nôtre. Il y a ce couple à l’ancienne formé par une jeune veuve et un lieutenant de cavalerie. Il y a ce vieux sergent qui cherche à apaiser une orpheline traumatisée. Et il y a surtout le personnage joué par Costner, qui essaie d’adoucir ses rudes manières au contact d’une jeune femme contrainte de se prostituer.

Malgré cela, la brutalité de l’Amérique reste la plus forte et l’on sent que tous ces gens, bons ou mauvais, vont devoir « laisser pourrir leurs os dans la poussière pour qu’advienne, un jour peut-être, un pays où il fera bon vivre », pour reprendre les propos de madame Jorgensen dans La Prisonnière du désert. Notons que Costner est encore plus ambivalent que Ford sur « la légende de l’Ouest » et sa réalité : dès l’ouverture du film, il nous fait comprendre que cette ville à construire, nommée pompeusement « Horizon », est une arnaque de gens de l’Est peu scrupuleux, qui ont floué les pionniers.

Mais c’est comme ça, nous dit d’emblée Costner, en historien objectif. Ces gens sont là.


Claude Monnier

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