« Une bataille après l’autre », le nouveau Paul Thomas Anderson avec Leonardo DiCaprio

Par Claude Monnier : « Une bataille après l’autre » est en quelque sorte le premier blockbuster de Paul Thomas Anderson, son premier film d’action avec force fusillades et poursuites en voiture. Mais PTA étant PTA, « Une Bataille après l’autre » risque de déplaire au grand public. Tout d’abord à cause du sujet : c’est un film de guérilla mi-urbaine, mi-rurale, qui montre l’affrontement, aux USA, entre l’extrême-droite au pouvoir et les groupuscules d’ultra-gauche, sur fond de migrations clandestines à la frontière mexicaine. Pas très attirant, vous en conviendrez… Ensuite à cause du traitement : outre des personnages pour la plupart antipathiques (surtout les femmes d’ailleurs, PTA est-il misogyne ?), outre une musique prétentieuse, répétitive, irritante, signée Jonny Greenwood, le film affiche, comme souvent chez PTA, un ton à la fois bouffon et amer. Le cinéaste se moque aussi bien de la bêtise des suprémacistes blancs que de l’irresponsabilité des groupuscules gauchistes, renvoyant dos à dos leur paranoïa. Seule l’attachement maladroit d’un père (DiCaprio) pour sa fille (Chase Infiniti) échappe à la causticité de PTA mais alors on tombe dans le cliché.

Tiens, les clichés, parlons-en : même si le film est indéniablement brillant au point de vue de la mise en scène (mais ni plus ni moins que « Eddigton » qui, dans le même registre, a coûté beaucoup moins cher), il nous déçoit un peu par son manque d’innovation, par sa reprise sans imagination d’éléments vus ailleurs : ainsi du personnage de DiCaprio qui est un hommage au légendaire « The Dude » joué par Jeff Bridges, soit un glandeur au cheveux sales et à la barbe grasse, adepte du joint et du canapé, qui passe tout le film en peignoir, et qui a toujours un train de retard sur tout. Mais DiCaprio est beaucoup moins drôle que Jeff Bridges à cause d’une interprétation trop intense, trop poussive. Les femmes blacks du groupuscule gauchiste sont quant à elles filmées comme dans un Tarantino, dans un ton mi-héroïque, mi-agressif de Blaxploitation. Déjà vu, donc.

En revanche, il y a un cliché que PTA arrive à tourner à son avantage, c’est le machisme tordu du personnage de Sean Penn, le grand méchant loup du film, qui reprend de manière confondante (car il n’est plus tout jeune, le Sean) l’allure musclée, « turgescente », du sergent Meserve d’« Outrages ». Lors de la promo, PTA a avoué que, outre le superbe « A bout de course » de Sydney Lumet (l’histoire d’activistes des sixties obligés de faire vivre leurs enfants dans la clandestinité), « La Prisonnière du désert » de Ford a eu une grande influence sur son film. Sur le coup, on se dit que cette influence est à chercher dans l’emploi de la Vistavision et dans l’ambiance néo-western de la dernière partie désertique. Mais à bien réfléchir, le personnage de Penn est bien un dérivé de l’Ethan Edwards incarné par John Wayne, à savoir un raciste tordu fasciné par « l’autre race », et qui est à la recherche d’une fille « impure » pouvant être… la sienne. A cette dimension troublante (la cherche-t-il pour la tuer ou pour l’aimer ?) se rajoute les échos biographiques du Duke, anti-gauchiste notoire, proche de l’extrême-droite.


Ce jeu sur le cliché du « facho WASP à la John Wayne », visible également dans les scènes de réunions à la fois glaçantes et drôles des suprémacistes blancs et chrétiens, est un peu facile mais il est néanmoins efficace. Et il a surtout le mérite de nous renvoyer à l’essence du film, dans son fond et dans sa forme : les Etats-Unis sont un espace gigantesque où règne le vide. 

Claude Monnier

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