« City on Fire » de Ringo Lam qui arrive en Haute Définition

Claude Monnier : La série HK continue chez Metropolitan, au rythme d’un classique par mois. Ce rythme soutenu nous venge en quelque sorte des sorties françaises disparates des années 1990-2000 et nous permet de vivre, presque en temps réel, ce qu’a vécu le public hongkongais des années 1980 : recevoir en pleine figure une chaîne ininterrompue de classiques par des cinéastes survoltés ! Ici, le cinéaste en question, c’est Ringo Lam. « City on Fire » est l’histoire d’un flic infiltré parmi les malfrats. Sujet classique, bien résumé par le titre d’un Bébel fameux : Flic ou voyou ? Un bon sujet qui donne en général de bons films. Des fables morales sans niaiseries. Reste donc à savoir ce qui distingue « City on Fire » des autres spécimens du genre.

D’abord et avant tout cette incroyable ville qu’est Hong-Kong, pour laquelle l’adjectif « encaissé » semble avoir été créé. Il suffit de voir le premier plan, hallucinant : un lent panoramique nocturne qui descend le long des buildings occidentaux pour s’arrêter sur une rue asiatique en effervescence, encombrée de néons et de stands anarchiques, soit « Blade Runner » en 1987 (et deux ans avant que Ridley Scott fasse la même chose avec Osaka, dans le sous-estimé « Black Rain », véritable film « HK » à sa manière) ! Une rue a priori impénétrable. Mais tout l’enjeu du film, presque documentaire, est de nous faire pénétrer dans cet espace et de ne plus en sortir, jusqu’à une autre plongée, encore plus glauque et étouffante, celle du plan final.

Documentaire est bien le mot qui vient à l’esprit puisque Ringo Lam se régale à filmer à l’épaule les quidams non prévenus par les actions frénétiques des bandits (par exemple lorsque le « héros » court comme un dératé parmi la foule et grimpe à la sauvette dans une camionnette pour échapper à ses poursuivants). Le film rend clairement hommage à William Friedkin et prend sciemment le contrepied de John Woo, qui vient d’exploser l’année précédente (1986) avec « A Better Tomorrow » : chez Lam, les révolvers se déchargent ou sont foireux, les innocents crèvent longuement sous nos yeux consternés, et l’on prend même soin d’éteindre une voiture incendiée pour ensuite filmer sa triste carcasse ! Pour clou (dans le cercueil) final, pas de sanctuaires avec colombes… mais une petite cabane en taules froissées. Au bout du compte, un sentiment de gâchis absurde, de mouvement pour rien. Autant en emportera la Rétrocession…

L’autre élément qui distingue « City on Fire » des autres films de flic infiltré est tout simplement Chow Yun-Fat dans le rôle du vrai-faux voyou dépassé par les événements. Osons le dire, par le charisme, le naturel et la sympathie innée qu’il dégage, Chow Yun-Fat renouvelle, à sa manière, la magie hypnotique de John Wayne ou Steve McQueen. En effet, on ne peut jamais dire ce qui nous charme le plus : son incarnation parfaite du personnage ou sa personnalité qui irradie l’écran. C’était la magie des stars d’antan : être vraiment à l’orée du mythe.

Raison de plus pour voir ce cinéma HK du tournant des nineties comme le dernier véritable âge d’or cinématographique du XXe siècle.

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